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Arrivée du téléphone à Montamisé

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Préambule

Après Claude Chappe et son télégraphe optique, puis Samuel Morse et son télégraphe électrique, une nouvelle invention, le téléphone va venir bouleverser l’histoire des télécommunications.
Le 14 février 1876, Alexander Graham Bell (1847-1922) dépose officiellement sa demande de brevet à Washington, le téléphone comme moyen de communication à distance venait de naître. Il va se développer rapidement aux Etats-Unis et plus timidement en France…

      

Repères chronologiques de l’histoire du téléphone dans le monde, en France et dans la Vienne (1871-1970), (1).

Plus qu’un grand discours, le tableau du document ci-joint, résume avec une rigueur historique parfaite la difficile naissance du téléphone en France et dans notre département.

             

L’arrivée du téléphone à Montamisé

Le 29 août 1899, le Conseil général de la Vienne va décider de créer un réseau téléphonique départemental, ainsi toutes les communes pourront y avoir accès. Dans la réalité ce projet va être plus difficile à élaborer, notamment sur l’aspect financier pour les communes.

Le 12 janvier 1902, le maire de Montamisé Jacques Adrien Taveau de Morthemer, répond au préfet, au nom du conseil municipal « le Conseil considérant que la commune a fait cette année beaucoup de dépenses et qu’elle n’a pas de ressources, refuse cette demande ». Seulement 58 communes répondront favorablement à la création du premier réseau téléphonique.

Le 13 novembre 1904, le maire de Montamisé, Jacques Adrien Taveau de Morthemer répond à la demande du préfet « Le Conseil… refuse de faire partie du second réseau téléphonique, n’ayant pas de fonds disponibles ». Vingt-sept communes répondront favorablement.

Le 25 janvier 1908, le maire de Montamisé, Jacques Adrien Taveau de Morthemer adresse une lettre au préfet « avant de proposer au conseil municipal l’installation du téléphone à Montamisé, je viens vous prier de m’envoyer les instructions nécessaires afin que nous puissions délibérer en connaissance de cause, car nous voudrions avant de rien entreprendre, savoir ce que cela coûterait ».

Dans une délibération du 9 février 1908, le maire donne lecture d’une circulaire du préfet relative à l’organisation du troisième réseau téléphonique « le Conseil… accepte les conditions énoncées dans la dite circulaire et s’engage à payer les frais nécessités pour l’installation ».

Le 10 janvier 1909, le Conseil décide de donner à l’adjudication la gérance, le local et le port des dépêches, deux soumissionnaires sont candidats, Auguste Clément Maillet est déclaré adjudicataire au prix de 80 F.
Puis le 14 février 1909, le préfet demande de procéder à une nouvelle adjudication pour le service téléphonique, gérance et port des dépêches, celle-ci aura lieu le 21 février 1909, il y a quatre soumissionnaires, Adrien Gentis ayant demandé le prix le moins élevé (48 F) a été déclaré adjudicataire.
Le 10 octobre 1909 il est désigné par le directeur des postes pour la gérance du bureau téléphonique (30 F) et port des dépêches (18 F).
La mise en service de la cabine téléphonique se fera le 1er janvier 1910, son lieu d’implantation est dans l’immeuble Delavault.
Adrien Gentis est maréchal-ferrant au bourg, marié à Ribreau Anna, il est aidé dans sa gérance par sa fille Adrienne.

L’annuaire de la Vienne de 1922-1923 nous apprend que le facteur-receveur est M. Blanchard, il y a un abonné au téléphone : le comte Louis de Murard au château de la Roche de Bran.

Le tarif pour les conversations locales est de 25 centimes, pour les conversations interurbaines vers le canton de 50 cts et 1F pour les autres réseaux. L’abonnement au téléphone pour la première année est de 300 F, deuxième année 200 F et 125 F pour la troisième année.

En 1926-1927, le facteur-receveur est M. Martin, il y a deux abonnés : le comte Louis de Murard et le brigadier des eaux et forêts à Moussel, forêt de Moulière.

En 1948, pour 779 habitants, l’annuaire téléphonique de Montamisé « s’étoffe » :

  • N°1 : le comte Hugues de Murard, exploitant agricole et forestier à la Roche de Bran
  • N°2 : le brigadier des eaux et forêts, à Moussel, forêt de Moulière
  • N°3 : Martin René, garagiste à Charassé
  •  N°4:  Veuve Rat (née Joyeux Marie Eugénie), auberge à Charassé
  • N°5 : Getten Pierre, château de Sarzec
  •  N°6 : Prévost Léon, aubergiste au bourg
  • N°7 : Neveu Joseph, bois et charbon à Tron
  • N°8 : Mairie de Montamisé

         

Conclusion

En 1948, Montamisé ne dispose que de 8 abonnés au téléphone. Au niveau de la Vienne, il faut attendre 1966 pour que soit réalisé « la première phase de son équipement téléphonique public qui était de donner un accès téléphonique à toutes les communes du département, soit 71 ans après l’installation de la première cabine téléphonique publique du département à Poitiers en 1895 ! » (1).

Il faudra attendre les années 1970 pour que la situation s’améliore. Aujourd’hui avec la révolution des technologies de l’informatique, du numérique, le temps « des demoiselles du téléphone » nous semble bien loin ; internet, téléphonie mobile, smartphone, réseaux sociaux ont pénétré tous les domaines de notre vie professionnelle et privée, nous sommes comme le dit Didier Lombard, dans « un village numérique mondiale ».

Le vieux rêve des saint-simoniens du 19e siècle « d’enlacer l’univers » est-il en train de se réaliser ?

       

Sources

  • (1) « Les débuts du téléphone dans le département de la Vienne (1882-1960) de Denise Junger et Pascal Milon, Association des Publications Chauvinoises-APC, BP 64 86300 Chauvigny. Dans ce livre inédit, d’une grande rigueur scientifique, une documentation très riche, les auteurs ont abordé les motivations politiques, sociaux-économiques des différents initiateurs du téléphone dans la Vienne ainsi que les modalités de sa diffusion dans toutes les communes du département.
  • AD 86 Annuaire de la Vienne.
  • Registres des délibérations municipales de Montamisé.

    

      

Montamisé, le 18 mars 2017

Article de Jean-François LIANDIER