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Histoire du village d’Ensoulesse

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Préambule

Le village d’Ensoulesse, écrit autrefois Ansoulesse, est un des plus vieux villages de Montamisé. Il est cité pour la première fois en 936 sous le vocable « villa Exolétia ». Ensoulesse dépendait autrefois de l’abbaye St Cyprien de Poitiers.

Partons sur les sentiers de la mémoire pour le découvrir.

        

Description

« Situé au nord-ouest de la commune de Montamisé, le hameau d'Ensoulesse est construit sur les coteaux des vallées sèches qui serpentent au sud et à l'ouest. Il comprend deux parties : les Traits d'Ensoulesse, au nord et sur la hauteur du plateau, et le Bas d'Ensoulesse, établi au sud et, comme son nom l'indique, au fond d'une vallée. L'ancien prieuré se situe entre les deux, tandis qu'à l'est, d'autres habitations surplombent la vallée des Douves. A l'ouest s'étendent les anciennes carrières. » (1)

   

Toponymie

« Le nom que porte le village aujourd’hui n’est guère parlant .Celui qu’il portait au X°siècle, « villa Exoletia », l’est davantage.

Car ce dernier peut en effet se lire villa ex soletia, c’est –à-dire « domaine rural ou existe un « soulatge ». »

« Les étymologistes sont à peu près d’accord pour dire que le nom du lieu dérive de l’ancien mot occitan /provençal  « soulatge » .Celui-ci pouvait avoir deux significations différentes.

D’un côté il avait le sens « de dépôt de sédiments, vase » et faisait dans ce cas référence à des villages bâtis sur des terrains alluvionnaires ; du latin « solium = boue ».

Mais  « le soulatge (parfois orthographié solatge ) était aussi une redevance sur les grains et en particulier , les blés ; cette taxe était calculée sur le taux de fertilité des sols. Le terme renverrait alors à un village édifié près de champs soumis au droit de soulatge ; du latin solum (terrain, sol). » (2)

          

Ensoulesse au fil du temps

Ensoulesse et son prieuré

« La "Villa Exoletia" est citée pour la première fois en 936, lorsque un certain Godebert et son épouse donnent au monastère de Saint-Cyprien de Poitiers l'alleu qu'ils possèdent au village d'Ensoulesse. L'"Ecclesia de Exsoletia" est mentionnée en 1098. A cette date, Pierre II, évêque de Poitiers, confirme aux religieux de Saint-Cyprien la possession de l'église d'Ensoulesse. Le 6 août 1353, une transaction entre l'abbé de Saint-Cyprien et Michau Jouher, paroissien de Montamisé, cite des terres que l'abbaye possède à cause de sa "maison d'Ensoulesse". C'est de cette appartenance que le site tire sans doute son nom d'"abbaye", alors qu'il ne s'agit que d'un prieuré. Celui-ci est de nouveau cité en 1564 dans une sentence du présidial de Poitiers, puis dans un dénombrement du 16e siècle. Ce dernier cite les terres "estans des appartenances de l'abbaye d'Ensoulesse, appartenant à M. l'abbé de Saint-Cyprien". L'"abbaye d'Ensoulesse" est encore plusieurs fois mentionnée au 17e siècle. La chapelle située dans la grange au sud du domaine, était semble-t-il le lieu d'un pèlerinage à saint Goar, chaque année le 7 juillet. Selon une mention de 1548, les cérémonies étaient dirigées par un clerc du prieuré d'Ensoulesse. Les registres paroissiaux indiquent qu'un mariage a été célébré dans la chapelle Saint-Goar le 5 juin 1747. Le culte a toutefois pu être rendu pendant un temps dans une autre chapelle, située aux 5 rues des Traits. La chapelle Saint-Goar est encore citée en 1804 dans une enquête canonique. Elle ne sert plus alors "qu'à des usages profanes". Le pèlerinage, auquel participaient des moines de l'abbaye de Ligugé, avait encore lieu ici dans l'Entre-deux-guerres, selon les témoignages oraux. L'abbaye d'Ensoulesse quant à elle est encore citée en 1780 et en 1782, date à laquelle le prieuré n'existe plus. En 1817, selon le cadastre, le domaine appartient à un certain M. Orillard, demeurant à Lessart, commune de Buxerolles. Il passe ensuite à Victor Roche, médecin à Saint-Junien, puis en 1888 à Gustave Orillard, employé de commerce, en 1891 à Alexandre Landret, propriétaire à Jaulnay, puis en 1898 à Louis Mérine, aussi propriétaire à Jaulnay, et en 1899 à Pierre-Auguste Guignard époux Messy, demeurant à Ensoulesse. (1)

François Secouet fermier du prieuré d’Ensoulesse, marié à Renée Vinay a eu une nombreuse descendance, il affectionne particulièrement la chapelle St Goard du prieuré où il va marier plusieurs de ses enfants :

-          Le 23 janvier 1742 sa fille Marie avec Louis Mounier.

-          Le 5 juin 1747 son fils Clément avec Marie Pignoux.

-          Le 13 juin 1752 sa fille Jeanne Modeste avec Joseph Mounier (frère de Louis).

De nombreuses métairies

« Outre le prieuré, le hameau d'Ensoulesse comprenait plusieurs métairies. L'une d'elles, la Courtinière, appartient en 1652 à Jean Morice, avocat au présidial de Poitiers, et Renée Métayer son épouse, qui la vendent à Jacques Métayer, avocat au Parlement, et Louise Guilbaud son épouse. Elle échoit ensuite à leur fille Suzanne Métayer, qui la revend en 1667 à François Le Berthon. Elle passe  enfants qui la revendent en 1720 à Juliette Amourette veuve de Jean Guiot, demeurant à Poitiers. Cette métairie comprend une maison, des bâtiments, une cour, une grange, des toits, des étables, plusieurs jardins, terres et vignes. Les habitants d'Ensoulesse prospèrent d'ailleurs jusqu'à la première moitié du 20e siècle grâce à un vignoble assez réputé, et aussi grâce aux carrières.
L'autre particularité du hameau réside dans le nombre de ses puits, liés à la nappe d'eau située au-dessous des vallées sèches voisines. Entre vingt et trente puits, selon les sources, sont recensés dans le hameau. L'un d'eux, un puits communal situé sur l'actuelle petite place proche du 55 rue de l'Abbaye (parcelle B1 220 du cadastre de 1817), fait l'objet entre 1878 et 1884 d'un contentieux entre la municipalité et Martin Pain, cultivateur à Ensoulesse, qui en revendique la propriété, en vain. L'eau est enfin présente à Ensoulesse par une résurgence qui, par fortes pluies, serpente au pied des maisons du Bas-Ensoulesse. » (1)

Les carrières et coteaux d’Ensoulesse

« Le site est celui des anciennes carrières de pierre d'Ensoulesse qui ont fonctionné au moins depuis le 19e siècle, et jusque dans les années 1920-1930. Elles employaient treize carriers en 1886, six carriers en 1891. La tradition orale affirme que le Zouave du Pont de l'Alma, à Paris, a été taillé dans la pierre d'Ensoulesse. Il reste sur le site des blocs de pierre et des galeries d'extraction souterraines. Dans l'une d'elles se trouve encore un ancien chariot en bois, retourné et sans roues, un de ceux qui servaient à sortir les blocs de la carrière. Abandonné depuis la fin de l'exploitation, le site, majeur du point de vue environnemental, a fait l'objet d'un arrêté préfectoral de protection de biotope (APPB) le 14 janvier 1994, et constitue, avec les coteaux des vallées sèches environnantes, la Zone Naturelle d'Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF) numéro 177. Il est géré par le Conservatoire régional des espaces naturels qui y met en œuvre une politique alliant fauche, pâturages, amélioration des jachères, gestion des fourrés, reconversion des terres arables, plantation et entretien des haies. »(1)

Un patrimoine naturel remarquable sur ses coteaux calcaires abritent des pelouses sèches où l’on trouve de nombreuses espèces thermophiles, la Seslérie bleutée côtoie l’Astragalle de Montpellier parmi les 200 espèces qu’abrite le site.

          

Mémoire des hommes qui ont marqué le village

Le cadastre de 1817 nous apprend que les frères Jean et François Secouet possèdent de nombreuses terres et fermes sur le Bas d’Ensoulesse, ils sont les fils de Hilaire Secouet et Louise Verneau, ils auront une nombreuse descendance…

A partir de 1836, le recensement est nominatif  mais il faut attendre 1841 pour avoir un classement par village. Nous ne pourrons donner que quelques exemples, dans la longue liste des hommes et femmes qui par leur travail, leur courage ont construit la vie du village d’Ensoulesse.

En 1841 citons :

  • Soreau Jacques, cultivateur propriétaire, marié à Florence Berloux.
  • Lochon Maurice, cultivateur.
  • Lochon Jeanne, couturière, fille de Lochon Louis et Maintrot Marie.
  • Rivière Antoine et Louis, cultivateurs propriétaires.

           

En 1846 citons :

  • Jarasson André, cultivateur propriétaire, marié à Rose Marie, ils auront 6 enfants dont Joseph marié à Secouet Justine, il est employé au télégraphe Chappe de Montamisé.
  • Jarasson Alexandre, cultivateur propriétaire fils d’André et Rose Marie, il est marié à Secouet Honorine (sœur de Justine). A noter qu’André Jarasson loge et emploie lors de ses mi-temps Louis Cheneau, employé du télégraphe Chappe (25 ans, célibataire), le site du télégraphe n’est pas très loin de la ferme.
  • Pain Gervais, propriétaire, 50 ans, marié à Lochon Marguerite.
  • Rat Jean, cultivateur, 61 ans, marié à Radegonde Petit.
  • Fichet François, cultivateur propriétaire, marié à Louise Rat.
  • Guignard Pierre, cultivateur, marié à Louise Pain.

       

En 1851 citons :

  • Pain Pierre (fils de Gervais et Marguerite Lochon), cultivateur, marié à Fiot Victoire, ils auront huit enfants.

          

En 1856 citons :

  • Balin Jean, cultivateur, marié à Lochon Marie. Il fera érigé le 23 mars 1870 une croix avec l’inscription « bienfaisance Balin », cette croix est toujours à son emplacement.

           

En 1861 citons :

  • Soreau André, cultivateur propriétaire, marié à Laverré Joséphine, ils auront six enfants.

             

En 1872 citons :

  • Lacroix Louis, cultivateur, marié à Madeleine Balin (fille de Jean Balin et Marie Lochon), ils auront une nombreuse descendance…

        

En 1876 citons :

  • Guyonnet Jules, cultivateur, marié à Fichet Marie Louise, là aussi une nombreuse descendance…

         

En 1881 citons :

  • Laurendeau Pierre, carrier, marié à Berthonnier Radegonde, une famille de carrier avec ses fils Hilaire, Louis et Louis Ernest.

         

En 1886 citons :

  • On recense 13 carriers dont Backhyn Maximilien, migrant italien, né en Toscane qui épousera Pain Pauline (fille de Pierre Pain et Victoire Fiot) puis va devenir cultivateur et fonder une grande famille, un de ses fils Valentin né à Ensoulesse, boulanger à Jaunay-Clan, décèdera en 1916, son nom figure sur le monument aux morts de Jaunay-Clan.

           

En 1901 citons :

  • Guignard Louis Désiré (fils de Pierre et Louise Pain), carrier et cultivateur, marié à Laverré Marie Alexandrine, ils auront sept enfants.

           

En 1911 citons :

  • Soreau Pierre Désiré, cultivateur, marié à Girault Berthe, ils auront sept enfants.
  • Laurendeau Louis Ernest, carrier et cultivateur, marié à Dubois Eugénie.

            

En 1926 citons :

  • Guignard Désiré, Ulysse, Eugène, cultivateur propriétaire, marié à Giret Germaine Marie.
  • Guignard Albin Fernand, cultivateur, marié à Pouhet Antonine Radegonde.

            

En 1936 citons :

  • Laurendeau Léon Ernest Eugène, cultivateur propriétaire, marié à Fombeur Marie Denise, trois enfants : Robert, Lucienne et Gérard.
  • Rat Auguste Alexandre, cultivateur, marié à Backhyn Marie, leur fils Georges Emile, maréchal-ferrant, épousera Raymonde Ardouin…

            

En 1954 citons :

  • Landais Maurice, cultivateur puis aide-soignant, marié à Mauvais Pierrette.
  • Fradet Jean Baptiste, cultivateur, marié à Sabourin Bernadette.
  • Jallais Philippe, cultivateur, marié à Maillet Marguerite.
  • Guérin Jean Charles, cultivateur, marié à Mercier Gisèle. Il a pour grand-mère paternelle Bousquet Marie Louise Angelina (sœur du soldat Jean Frédéric Bousquet mort pendant la guerre de 1870-71).

        

Recensement et démographie d’Ensoulesse

Années

Ensoulesse

Nb de Maisons

Ensoulesse

Nb d’Individus

Montamisé

Population totale

1946

39

98

769 (municipale)

1936

38

122

865 (municipale)

1931

39

120

824 (municipale)

1926

35

123

880 (municipale)

1921

34

121

910 (municipale)

1911

34

124

930 (municipale)

1906

32

121

984 (municipale)

1901

33

113

987

1896

37

131

993

1891

41

151

1030

1886

39

172

1130

1881

44

181

1142

1876

42

167

1061

1872

45

163

898

1866

35

144

1002

1861

32

150

1034

1856

38

153

983

1851

43

158

977

1846

31

141

935

1841

Non indiqué

147

905

1836

Non indiqué

Non indiqué

846

         

Rue des Mauprés, rue de l’Abbaye, allée du Verger, rue de la Vallée des Douves, chemins des Traits, route de Fontaine…Le village d’Ensoulesse avec sa vallée sèche, ses coteaux, ses carrières dispose d’un patrimoine naturel d’une grande richesse, sa biodiversité doit être conservé afin de garantir un fonctionnement équilibré des écosystèmes. Les habitants d’Ensoulesse  sont conscients de l’enjeu environnemental et savent se mobiliser pour défendre leur qualité de vie…

       

Sources :

  • (1) Inventaire du patrimoine de la CAP, Yannis Suire, 2006.
  • (2) « Origine des noms de villes et villages dans la Vienne » de JM Cassagne et Mariola Korsak (éditions Bordesoulles).
  • Dictionnaire topographique de la Vienne de Louis Redet.
  • AD 86 Archives en ligne : Registres paroissiaux et d'état civil et recensement de la population.
  • Barbier de Montault, Xavier. "Notice sur la commune de Montamiser (Vienne)". Bull. soc. Antiquaires de l'Ouest, 1ère s. t. 13, 1871-1873. P. 404
  • Archives départementales de la Vienne G 1202. 1353, 6 août : transaction entre Aimeri abbé de Saint Cyprien, et Michau Jouher, paroissien de Montamisier, concernant les terres que ladite abbaye possède à cause de sa maison d'Ensoulesse.
  • Archives départementales de la Vienne E nouveau 1408. 1652-1722 : titres de propriétés relatifs à la métairie de la Courtinière à Ensoulesse.
  • Conservatoire Régional d’Espaces Naturels de Poitou-Charentes et Observatoire Régional de l’Environnement Poitou-Charentes.

         

         

Montamisé, le 11 février 2015

Article de Jean-François LIANDIER