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La Roche de Bran 15 août 1944

Le domaine de la Roche de Bran, qui jouxte la forêt de Moulière, existe depuis 1324 et appartient à la famille De Murard depuis 1891. Le Château que l’on peut voir aujourd’hui a été reconstruit après avoir été détruit en 1944 pendant la seconde guerre mondiale. Il fut en effet le théâtre d’un épisode sanglant dont voici le récit.

Les Américains sont, dit-on, en-dessous de Loudun. C’est pour les rejoindre et marcher avec eux sur Poitiers qu’un groupe du maquis arrive en avant-garde à la Roche de Bran, dans l’après-midi du 14 août 1944. Le groupe est mené par le Lieutenant Choffat, surnommé « La Panthère », qui demande l’hospitalité pour son petit groupe et les 150 hommes du maquis Anatole qui vont arriver.
Mme de la Grandière, veuve Louis de Murard, met sans hésiter son château et ses communs à la disposition des maquisards, avec l’assurance que ses gens ne courent aucun danger. Mme de la Grandière est en effet seule avec sa fille aînée Isabelle et une vieille cuisinière. Elle se sent responsable de son personnel.
Le lieutenant Choffat est confiant. Il fait venir sa femme, Mme Choffat, au château. « La nuit sera calme. Les Allemands n’attaquent qu’au petit jour. Nos hommes pourront reprendre des forces et se disperser dans les bois demain matin, » assure le lieutenant....

A 23h, alors que tout le monde dort, des coups de feu éclatent !
Une unité de la Kriegsmarine repliée à Migné a été alertée de l’arrivée des maquisards par un milicien.... La lutte est terrible. Le poste avant des maquisards est décimé malgré leur résistance et 6 membres des FFI sont emmenés à Migné pour y être fusillés. Un blessé grave est laissé pour mort près d’une mare, la poitrine traversée par une balle.
Mme de Murard s’est réfugiée avec Isabelle, Mme Choffat et la cuisinière, dans les sous-sols du château. Isabelle de Murard parvient, dans l’obscurité totale, à dissimuler des pièces compromettantes oubliées par le lieutenant Choffat. A 2h du matin, les coups de feu ont cessé, tout est calme.

Mais dès 7h le lendemain, les Allemands reviennent au château, dans un état d’énervement indescriptible : « Ouvrez ! Ou vous serez tous fusillés ! » hurle le lieutenant de la Kriegsmarine, tirant dans toutes les directions.
Il n’y a que des femmes au château, mais les Allemands obligent Mme de la Grandière à leur ouvrir toutes les portes, ils pénètrent sans ménagement partout. L’un des officiers de la Wehrmacht avoue à la comtesse qu’il trouve ces pratiques scandaleuses et honteuses. La « grande dame », elle, songe d’abord à rassurer ses gens : on lui assure que leurs vies ne sont pas en danger, même si ils sont sommés de quitter les lieux dans la demi-heure, avec leurs effets personnels. Le château et les communs, tout doit en effet être brûlé ! La Comtesse, sa fille et Mme Choffat sont faites prisonnières.
Les Allemands se répandent alors dans le château et le pillent systématiquement. Au moment de partir pour la prison, Mme de la Grandière a le courage d’objecter qu’elle déjeunera d’abord, elle et ses compagnes. Le lieutenant de la Kriegsmarine ordonne alors que tout son détachement se restaure aussi. Les quatre femmes doivent servir 70 hommes....

C’est le moment que choisit Geoffroy de Murard, fils de Mme de la Grandière, pour faire son apparition. Il faisait partie des FFI de l’Indre. On imagine la terreur de sa mère : et si les Allemands reconnaissaient son appartenance aux FFI ?! Accusé d’avoir pris part au coup de main de la nuit, il est également fait prisonnier.
Avant de partir, le lieutenant les force à assister à l’incendie des communs du château : tout brûle sous leurs yeux, récoltes et matériels compris !... Le château est pour le moment épargné, grâce à l’intervention de l’officier de la Wehrmacht..... Les prisonniers sont emmenés à Migné.

Après un interrogatoire brutal, les prisonniers arrivent à la prison de la Pierre Levée. On annonce « la Comtesse, le jeune comte, la fille de la comtesse et une femme de maquisard » : c’est un triomphe pour les Allemands....
Geoffroy est séparé des femmes, retenu comme otage. Le lendemain, nouvel interrogatoire. Mme Choffat s’effondre, confrontée à deux prisonniers maquisards. Mme de la Grandière manifeste son indignation devant le sort réservé aux prisonniers. Cette attitude résolue ne semble pas la desservir....
Au cours des nuits qui suivent, la Comtesse, isolée dans un couloir, éprouve les plus vives inquiétudes pour ses enfants : un convoi de prisonniers part pour la déportation, son fils en fait-il partie ? Elle entend qu’on creuse une fosse : qui va-t-on fusiller ? Mais des geoliers rassureront Mme de la Grandière : son fils et sa fille sont restés, vivants. Hélas, Mme Choffat, elle, a été déportée. Elle n’en reviendra pas...
Devant l’avancée des Américains, les Allemands se préparent à quitter Poitiers et le gardien-chef de la prison prend sur lui, du moins le dit-il, de relâcher les prisonniers.

La joie de la liberté retrouvée est rapidement ternie par le spectacle qui attend Mme de la Grandière et ses enfants à leur retour. Du château, il ne reste que des cendres... Le 17 août en effet, la Kriegsmarine est revenue et a incendié le château, ensevelissant souvenirs et objets d’art accumulés depuis des générations...

Les noms des sept maquisards dont les corps ont été retrouvés, ainsi que celui de Mme Choffat, figurent sur le monument commémoratif de la Roche qui fut inauguré le 8 août 1948 en présence du Préfet de la Vienne, M. RAVAIL et du Maire de Montamisé, Charles CHOISIE.

Article écrit par Anne Delineau avec l'aide de Jean-François Liandier.

L’inauguration du monument de la Roche de Bran (8 août 1948)

Le monument est destiné à commémorer les tragiques évènements des 14-15-17 août 1944 à la Roche de Bran où furent massacrés, par les SS de la Kriegsmarine repliés à Migné, sept maquisards ainsi que Mme Choffat, femme d’un de leur chef, morte en déportation.

Le monument fut inauguré le dimanche 8 août 1948 sous la présidence du Préfet de la Vienne M. RAVAIL, de nombreuses personnalités y participaient :
M Maurice président du conseil général, le colonel Ythier commandant la subdivision, M Tassin conseiller général, Charles Choisie Maire de Montamisé, Pierre Chauveau et Giraud adjoints, Mme de la Grandière propriétaire du domaine de la Roche de Bran et ses enfants Hugues et Geoffroy, M Colomb conseiller municipal de Poitiers et ancien député, le révérend père Fleury du COSOR, les anciens chefs des maquis de la Vienne etc…

Un détachement du 8° dragon rendait les honneurs, « l’Entente Joyeuse » de Montamisé a pris place à ses côtés et joué la sonnerie « aux morts ».
A côté du monument sont alignés les groupes du maquis « Anatole » et « la panthère », les sociétés patriotiques, les FFI de Montamisé représentés par M Métais.
La madelon de Montamisé : Melle Laverré entourée de ses demoiselles d’honneur Renée Joyeux et Lucienne Sarault.
M Béchon et Mme Ferru directeurs des écoles publiques de garçons et de filles.
Après que les officiels eurent salués les drapeaux, les familles des victimes et les groupes des maquis, c’est l’émouvant appel des morts par M Bonvalet alias « capitaine Anatole » :

  • le caporal-chef Cailler
  • le caporal-chef Pierre Fleury
  • Louis Albert
  • Mathieu Babulack
  • Joseph Boudelier
  • Marcel Clercy
  • Fernand Duclos
  • Mme Andrée Choffat

Puis une minute de silence et le chant de la Marseillaise retentit, interprété par les enfants des écoles sous la direction de Mme Béchon.
Suivirent les discours des officiels… La bénédiction du monument fut faite par M le curé de Montamisé Emile Jallais, après quoi une messe en pleine air fut dite, célébrée par le père Fleury, assisté par M le curé de Montamisé et par M le doyen de St Georges de Baillargeaux.

La messe terminée, les autorités furent conviées à une visite de la propriété de la Roche de Bran . Elles purent ainsi mesurer l’étendue des dégâts occasionnés par les allemands.
Puis le cortège, musique en tête se dirigea vers le bourg de Montamisé ou le Préfet déposa une gerbe au monument aux morts.
Enfin les différentes personnalités se rendirent à la Mairie ou un vin d’honneur fut offert, suivi d’un banquet servi par M Bardet.

Le monument

L’érection du monument fut possible grâce à une souscription publique.
Un comité s’était constitué présidé par M Tassin conseiller général, trésorier M Gissy, secrétaire M de Murard et qui comprend en outre M Choisie maire de Montamisé, le Révérend père Fleury du COSOR et les chefs du maquis.

La construction du monument fut confié à M Girault de Chasseneuil, le bas-relief fut offert par un jeune artiste de Montamisé, M Béchon, élève de l’école des Beaux-Arts.

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Monument de La Roche de Bran

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Articles illustrant l'inauguration

Sources : ADV 53 JX 4
(NR des 8-9-10 août 1948)

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En photo les ruines du château de la Roche de Bran

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En bas, Charles Choisie Maire de Montamisé

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La madelon de Montamisé

Photos et article sur la cérémonie d'inauguration de Jean-François Liandier