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Les cloches de Notre Dame

Bref historique sur l’art campanaire

Source : site Web « la campanologie@free.fr »

Instrument de communication de masse, instrument de signalisation, qui rythme le temps, guide les voyageurs, éloigne la grêle, alerte les populations, la cloche était aussi, et est encore, objet liturgique et instrument de musique ; c'est dire que le moindre bourg possédait autrefois souvent plusieurs cloches, chacune ayant sa fonction et, à l'intérieur du clocher de l'église ou du beffroi communal, il était fréquent d'y voir un ensemble important de cloches en volée ou un carillon…

Selon les historiens, les cloches en bronze d'une certaine importance ont fait leur apparition en Occident dans les milieux monastiques. Divers documents du Ve siècle attestent l'activité de moines fondeurs de cloches. Mais c'est entre le VIIIe et le XIIe siècle que la forme et les procédés de fonte furent améliorés et qu'apparurent les premières grosses cloches (quelques centaines de kg)…

Sans entrer dans le détail des aspects techniques, disons que la fonte d'une cloche comprend trois principales opérations.

D'abord le tracé pour déterminer la forme et les proportions de la cloche, le moulage qui lui donnera la forme d'après le moule, et la coulée.

Le moulage d'une cloche se compose ainsi : le « noyau » ou espace du creux intérieur, la « fausse cloche », occupant la place du métal jusqu'au moment de la coulée, la « chape » recouvrant la fausse cloche et formant avec le noyau les deux murailles de terre cuite entre lesquelles le métal en fusion prendra place ; la « tête », qui recevra les anses nécessaires à la suspension et contiendra l'emplacement de l'anneau du battant.
Du fait que le moule est brisé après la fonte pour dégager la cloche, mais aussi parce que les inscriptions et les décors figurant sur chaque cloche lui sont spécifiques, il n'est pas exagéré de dire que les cloches sont des œuvres d'art uniques, tels un tableau ou une sculpture…

Œuvre d'art, la cloche est aussi un objet témoin : témoin historique par l'épigraphie qu'elle supporte, témoin sonore aussi, car son matériau n'évolue pas dans le temps et la sonorité d'une cloche ancienne que l'on entend maintenant est celle qu'entendait nos aïeux…
Il nous faut dire ici quelques mots sur les différentes façons de faire sonner les cloches. Les cloches de carillon et les cloches d'horloge ou de jacquemart sont tintées : un marteau, généralement externe, frappe sur la partie inférieure de la cloche ; les cloches d'église sonnent en volée : elles sont mises en branle par la corde (ou plus fréquemment par une chaîne actionnée par un moteur) qui agit sur un bras ou une roue, entraînant dans le mouvement la cloche et le joug qui la soutient…

Très tôt, la tradition pieuse considère la cloche comme une personne. Ceci apparaît déjà dans la terminologie concernant sa morphologie : la « couronne » (ensemble des anses avec lequel on la suspend), le « cerveau » (partie haute de la cloche), la « robe » (qui va en s'évasant jusqu'au bord inférieur), etc. Chaque cloche porte un nom qui lui est conféré au cours d'une cérémonie religieuse : la « bénédiction des cloches ».
Bénédiction (ou parfois consécration) est le terme officiel utilisé dans le cérémonial et autres Sacramentaires, mais dans le langage courant on parle de « baptême » de cloches. Car la cérémonie concernant cet objet de culte (objet sacré, du moins pour les cloches d'église) ressemble à s'y méprendre avec le baptême d'une personne : présence d'un parrain et d'une marraine, nom de baptême, aube blanche revêtant la cloche, onction, eau bénite… »

Les trois cloches de l’église Notre Dame de Montamisé

La cloche Sainte QUITERE ( Sancta Quitéria) 1583

La plus ancienne porte le nom de Sainte Quitère.

L’inscription qui contourne le cerveau nomme le sacristain, les parrains et marraines.
L’invocation seule est en latin.
Les caractères sont en majuscules romaine, serrées entre deux lignes; celle d’en bas est double:
« S.QUITERIA ORA PRO NOBIS GRIBRON COUTRE ET 1583 (fleurs de lis) PRIN R ARTUS PRIN M GUIONET MRNE . »
Sur la robe est figurée une croix, plantée sur un calvaire de trois marches, et accostée de deux fleurs de lis.

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La cloche de 1728

La seconde cloche mentionne le curé, le parrain, la marraine et le fondeur.

« LAN 1728 IAY ETE BENITE PAR M FRANCOIS POIRIER CURE DE MONTAMISAY IAY POUR PARAIN M FRANCOIS TAVAULT POUR MAREINE HENRIETTE DE FOURNY .
I POINCAU MA FAIT . »
Sur la robe de cette cloche sont exprimés en relief deux anges, deux fleurs de lis, un crucifix et une Sainte Vierge .

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La cloche de 1769

La troisième cloche vient de Poitiers :
« LAN 1769 IAY ETE BENITE PAR M FRANCOIS ROUSSEAU CURE IAY EU POUR PARAIN Mr E .FRANCOIS THOREAU CHLIER DE L’ORDRE ROYAL ET MILITAIRE DE St LOUIS SGr DE LA ROCHE DE BRAN ET AUTRES LIEUX SGr RESTAURATEUR DE CETTE EGLISE ET POUR MAREINE DAME LOUISE DROUAULT VEUVE DE Mr CHARLES FOUCQUETEAU ECUYER SGr DE MORTIERS CLIER DU ROY ECVIE DE LA MAISON COMMUNE DE CETTE VILLE . »Sur la robe est figurée une grande croix.

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Nos trois vieilles cloches datées respectivement de 1583-1728-1769 sont toujours présentes, elles ont été classées le 17 février 1938.
La vénérable Sainte Quitère datée de 1583 a été descendue en août 1999 pour subir une cure de rajeunissement par une entreprise spécialisée de Strasbourg (Vogoloe) qui procéda “ au remplacement de la main (fixation du battant), une recharge des oreilles (le support de la cloche) et de la frappe ainsi qu’un changement du battant”. Elle retrouva son clocher en janvier 2000 après son « lifting ».

La cloche est fabriquée dans un alliage métallique appelé airain constitué par un mélange de cuivre (78%) et d'étain (22%).

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Schéma d’une cloche (source : Société française de campanologie)

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Photo F Joulin (BM de Montamisé)

Article et photos Jean-François Liandier