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Les dommages de guerre à Montamisé

       

Préambule

En application de la loi du 28 octobre 1946 qui ouvre droit à réparation intégrale pour les dommages subis pendant la Seconde Guerre mondiale, plus de 6 millions de dossiers de natures diverses ont été déposés et instruits en France.

Dans notre commune, trois dossiers ont été déposés. Il s’agit de la mairie-école, du château de la Roche de Bran et des bâtiments agricoles de ce domaine.

  

Historique

« Le principe de l’indemnisation des dommages dus à la guerre a été mis en pratique après la Première Guerre mondiale dans les départements les plus touchés par les hostilités. Ce même principe a été appliqué à la suite du second conflit mondial, à l’échelle de l’ensemble du territoire cette fois.

Le Commissariat général à la reconstruction, créé dès octobre 1940, est intégré à la Libération au ministère nouvellement créé chargé de la reconstruction et de l’urbanisme. C’est la loi n°46-2389 du 28 octobre 1946 qui pose le cadre dans lequel sera organisée l’indemnisation des dommages de guerre subis entre 1939 et 1945.

Cette administration a alors été dotée de services déconcentrés dans chaque département. Dans la plupart des cas, et notamment dans la Vienne, ils ont cessé leur activité après 1960 (seuls une quinzaine de départements, les plus touchés par les destructions, ont alors gardé un service en propre).

Les services supprimés ont été remplacés par 11 centres de règlement des dommages de guerre, répartis sur tout le territoire. Les dossiers non soldés ou faisant l’objet d’un contentieux non clos au moment de la suppression des services départementaux leur ont été transférés. Le centre compétent pour la Vienne était installé à Bordeaux. Une nouvelle réduction du nombre de services a pris effet au 31 décembre 1962 : les dossiers encore pendants du centre de Bordeaux ont alors été transférés à celui de Paris ». (Source : AD 86)

  

Les dommages de guerre à Montamisé

La mairie-école

A cette époque la mairie et l’école publique de garçons se trouvaient dans les bâtiments servant actuellement de logements sociaux, en face de la place San Sébastiano da Po. Le Maire est Auguste Sauvant élu le 26-11-1944 et réélu le 13-5-1945.

Le 1 novembre 1946, le conseil municipal autorise le Maire à déposer une demande d’indemnisation aux services de la Reconstruction, concernant les réparations à faire à l’école de garçons occupée par les troupes allemandes en 1940-1941 et 1944. Il s’agit de peintures endommagées dans les classes et couloirs, le devis des dommages s’élève à 20376 F. Un avis favorable sera donné par le service départemental du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme.

Le 3 novembre 1947, Charles Choisie est élu Maire. Le 5 juin 1948 il sollicite le service départemental de la Reconstruction pour les dommages suivants :

Plafond de la mairie « Les troupes d’occupation stationnées à Montamisé ayant découvert sur une armoire de la mairie un révolver qui y avait été déposé par le garde-champêtre, ont effectué des sondages dans le plafond de la mairie pour y retrouver des armes qui auraient pu y être cachées. Les dégradations faites dans plusieurs endroits du plafond ont nécessité la réfection totale de celui-ci. Ce travail a fait l’objet d’un mémoire de plâtrerie établi par M Compain, plâtrier. La réfection du plafond intervient pour une somme de 11951 F. Le reste du mémoire se rapporte à des raccords et enduits de plâtrerie pour une somme de 2200 F environ.

Plancher de la salle de classe, garçons : le grenier au-dessus de la salle a été occupé par des soldats. Des liquides répandus dans le grenier ont fait des tâches qu’ils ont lavées ensuite. Le plancher s’est trouvé sali. Le nettoyage et le blanchiment de ce plancher a été effectué lors de la remise en état de cette salle de classe ».

D’autres travaux de réparations vont s’ajouter pour un devis en demande de 89236, 94 F, le montant retenu par le service des dommages de guerre sera de 66324 F.

Les travaux de réparations vont être effectués par des artisans de Montamisé :

   - Peinture, papiers peints, Pierre Jovanneau

   - Entreprise de maçonnerie, Narcisse Pineau (domicilié à Tronc)

   - Menuiserie, ébénisterie, Alphonse Peignelin

   - Electricité générale, Marcel Choisie

   - Plâtrerie, Compain

   - Serrurerie, Marcel Louis (il va réparer les grilles de la mairie)

          

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Le château de la Roche de Bran

Les propriétaires

Au décès du comte Louis de Murard de St Romain le 23 juin 1930 à Chartres, la succession du château revient en usufruit à sa veuve, Elisabeth D’Andigné et en copropriété indivise à leurs cinq enfants :

  • Henry de Murard de St Romain né le 28 juillet 1912 à Montamisé
  • Isabelle de Murard de St Romain née le 24 décembre 1914 à St Gemmes d’Andigné (49)
  • Hugues de Murard de St Romain né le 10 décembre 1919 à Montamisé
  • Guillemette de Murard de St Romain née le 8 mars 1921 à Montamisé
  • Geoffroy de Murard de St Romain né le 26 avril 1924 à Marçay (château de Bierson) (86)

Elisabeth d’Andigné (1887-1967) veuve du comte Louis de Murard de St Romain (1887-1930), s’est mariée en secondes noces le 13 janvier 1937 avec Palamède de La Grandière (1881-1947) ancien officier de cavalerie et sénateur de Maine et Loire de 1934 à 1940, celui-ci possède un château à la Jumellière (49), le mariage a lieu sous le régime de la séparation de biens.

La destruction du château

Le 15 août 1944, en représailles à la présence de résistants dans le château, les troupes allemandes incendient les dépendances, puis le château le 17 août, il ne reste plus que des cendres. Sur le monument commémoratif des combats du maquis Anatole, inauguré le 8 août 1948, figure les noms des sept maquisards tués et celui de Mme Choffat morte en déportation.

La reconstruction

Dans l’attente de la fin des travaux, la famille de Murard va loger à la Jouerie. Il va falloir à Hugues de Murard, mandataire de la copropriété, beaucoup de patience, de ténacité et d’énergie devant les lenteurs de la bureaucratie administrative.

Le 14 avril 1945, le maire de Montamisé, Auguste Sauvant, adresse une attestation de sinistre au service régional du commissariat à la reconstruction.

Le 12 janvier 1946, Mme de la Grandière adresse une déclaration de sinistre au ministère de la reconstruction et de l’urbanisme (MRL).

Le 4 mai 1955, Hugues de Murard envoie une lettre au délégué départemental du MRL « Il y a presque onze ans que le château et les bâtiments d’exploitation agricole ont été incendiés et détruits en totalité par les allemands. Si la reconstruction des bâtiments agricoles est maintenant fort avancé, il n’en est pas de même de celle du château… » l’indemnité au titre des dommages de guerre n’est toujours pas fixée.

Il faut attendre le 7 mai 1956 pour qu’un architecte soit nommé, Pierre Labadie, architecte DPLG domicilié à Tours, agrée par le MRU et spécialement agrée par la délégation de la Vienne, a été chargé par les consorts de Murard de la reconstruction du château.

Dans la conclusion de ses notes il indique « le début de cette réalisation est prévu pour l’été de 1956 et la terminaison des travaux pour fin décembre 1957 ». Nous allons voir qu’il fait preuve d’un peu d’optimisme.

Le permis de construire est accordé le 18 mai 1956. Le cahier des charges en date du 1 juillet 1956 nous indique que Pierre Labadie est chargé de l’établissement des plans, devis descriptifs, surveillance technique des travaux. L’immeuble sera reconstruit à son emplacement ancien. Cette réalisation sera exécutée sous le contrôle administratif et technique du MRL qui en assurera le financement en dommages de guerre. Les appels d’offres commencent, on relève que trois artisans de Montamisé vont travailler sur ce chantier : charpente, Alphonse Peignelin, serrurerie, Merles, peinture, Pierre Jovanneau.

Un compte rendu mensuel est adressé par l’architecte au directeur départementale du MRL, ces courriers nous renseignent sur les diverses difficultés rencontrées, par exemple le 11 janvier 1958 « le chantier est presque complètement terminée, mais certaines finitions ont été très longues et ont empêchées M de Murard de prendre possession de ses locaux, comme il l’escomptait avant Noel, ce qui aurait été possible à condition que les entreprises mettent un peu plus d’ardeur pour parfaire leur exécution… » d’autres problèmes dans la  livraison de matériaux ou la qualité de ceux-ci viendront perturber le planning.

Enfin le 9 juillet 1959, la réception définitive du chantier de la Roche de Bran a lieu entre les diverses parties prenantes. Le certificat de conformité est délivré le 25 septembre 1959.

Le 17 novembre 1959, le directeur des services départementaux, chef du centre de règlement des dommages de guerre indique à Hugues de Murard que l’indemnité définitive de la créance dont est titulaire l’indivision de Murard s’élève à 37.554.310 Francs.

           

Les bâtiments agricoles

Avant leurs destructions, les communs se composaient ainsi : Deux bâtiments à usage d’écurie, étables et remises avec chambres et greniers. Le bâtiment du régisseur avec bureau et buanderie, cuvage et logement de garde. Un bâtiment comprenant orangerie et remise. Un bâtiment à gauche en entrant dans la cour, au milieu séparé du parc du château par un mur. Un grand jardin potager clos de murs, serres, hangars, logement du jardinier derrière le château…

Ce dossier comporte essentiellement de nombreuses pièces comptables, factures, états de paiement etc. qu’il n’est pas utile d’énumérer. Il faut retenir que là aussi, la reconstruction ne fut pas « un long fleuve tranquille » puisque le dossier va s’échelonner de 1948 à 1963. Il faudra toute l’énergie du comte Hugues de Murard pour le faire aboutir.

En effet le contentieux financier ne sera réglé définitivement que le 30 janvier 1963 devant la commission régionale des dommages de guerre de Bordeaux par un accord des parties sur la base de 574.000 francs.

      

Dommages aux bâtiments en France après les deux guerres mondiales

     

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Pour ceux qui souhaiteraient approfondir le sujet des dommages de guerre, une étude très détaillée et comparative a été publiée en 1947.

      

Sources :

Note : « Depuis l’arrêté du 10 novembre 1998 instituant une dérogation générale pour la consultation de certains fonds d’archives publiques concernant la Seconde Guerre mondiale versés par le ministère de l’équipement, qui stipulait notamment (art. 3) que « peuvent être librement consultés les fonds conservés dans les archives départementales qui concernent les dommages de guerre ». » (AD86)

  • AD86, Commune de Montamisé, dossier ZH 206 P (1946-1948), cote 92 W 201
  • AD86, Mme de la Grandière Elisabeth, dossier ZH 818 Z (1950-1959) cote 92 W 36
  • AD86, Hugues de Murard de St Romain, dossier ZH 176 AGB (1948-1963) cote 93 W 8
  • Les dommages de guerre : étude comparée en France, Grande-Bretagne, Belgique et Pays-Bas. In : Etudes et conjoncture - Economie mondiale, 2? année, n°12, 1947. pp. 69-100.

     

        

Montamisé, le 7 février 2016

Article de Jean-François LIANDIER