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Les haras de Corsec

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Le domaine de Corsec est cité pour la première fois en 1324, sous le nom de « Crocet », Louis Redet dans le dictionnaire topographique de la Vienne nous en montre l’évolution toponymique : « Croucet » en 1337, « Crosset » en 1501, « Coursec » en 1520, l’étang de Coursec était un fief relevant de la tour de Maubergeon de Poitiers…

Depuis le début du 18e siècle, il appartient à la famille Taveau de Morthemer qui le revendra en 1940 à la famille de Vergie.

Le château de Corsec est démoli en 1860 suite à un incendie (d’après la tradition orale) et sera reconstruit en 1893, plus à l’ouest.

En 1884, sur l’emplacement de l’ancien château, on construit des haras. « Ils sont construits en forme de U orienté vers le nord-ouest. La cour est fermée par un muret, une grille et un portail métallique. Au milieu du U, dans l’axe du portail, on trouve un pavillon central ayant servi de sellerie… » (Y. Suire, Inventaire du patrimoine de la Communauté d'Agglomération de Poitiers).

En 1949, les haras de Corsec sont renommés. Ils sont dirigés par M. Poirier, un ancien officier du Cadre Noir de Saumur. Les chevaux qui ont fait les beaux jours d’Auteuil, St Cloud, Enghien etc viennent se mettre « au vert » et parfaire leur entraînement.
Un article du « Libre Poitou » nous en fait la description suivante :
« La piste développe ses 2000m de l’autre côté de la route. Elle débute sur un terrain labouré, hersé et soigneusement roulé tous les jours. Ainsi les pieds des chevaux qui craignent le sol dur ne risquent pas de s’abimer. Elle se continue par une allée sous-bois… ».
Puis le journaliste nous emmène dans la visite des boxes abritant pur-sang et demi-sang « « Sans Peur » parfait cheval de selle promis à un bel avenir, il est issu de parents qui gagnèrent de nombreux prix, sa voisine est issue du fameux « Sempanabal »(1) de l’écurie Rothschild, on fonde les plus grands espoirs …
L’entraînement commence à 7h le matin et se poursuit jusqu’à midi. De midi à 17 heures toutes les portes des écuries sont fermées, c’est le moment du repos. A 17h, commence le pansage. Les chevaux ont droit de 12 à 15 litres d’avoine par jour, à une ration de foin et aux carottes…
».
Et cela continue par les techniques d’entraînement…

Deux jockeys sont à cette époque en formation à Corsec. Enfin M. Poirier dévoile « le trésor » du Haras, un baudet du Poitou de 4 ans, le seul reproducteur de la région.

Corsec c’est aussi des hommes en voici quelques uns d’après les recensements :

  • 1954 : Georges Chédozeau chef de culture, Henri Roy, Georges Delafond (cultivateurs), Gérard de Curzon employé de haras.
  • 1946 : Fernand Renard époux d’Alice Chauvet (cultivateur), Roger Bécognée époux de Monique Venault (cultivateur).
  • 1936 : Hilaire Taveau de Morthemer (2) (propriétaire du château de Corsec), Henri Gabard (jardinier), Joseph René Maillet époux d’Eugénie Laverré (fermier).
  • 1931 : Alcide Guignard époux de Yvonne Boisdron (cultivateur-patron) avec ses enfants Odile et Yvon et trois domestiques agricoles : René Carron, Marcel Colin, Gilbert Pichault.

Pour conclure, Corsec alliance de la terre, des chevaux et des hommes ne pouvait manquer de célébrer « la plus belle conquête de l’homme » en poésie avec Paul Fort et sa célèbre complainte, pleine de tendresse et de tristesse :

Complainte du petit cheval blanc

« Le petit cheval dans le mauvais temps, qu'il avait donc du courage !
C'était un petit cheval blanc, tous derrière et lui devant.

Il n'y avait jamais de beau temps dans ce pauvre paysage.
Il n'y avait jamais de printemps, ni derrière ni devant.

Mais toujours il était content, menant les gars du village,
A travers la pluie noire des champs, tous derrière et lui devant.

Sa voiture allait poursuivant sa belle petite queue sauvage.
C'est alors qu'il était content, eux derrière et lui devant.

Mais un jour, dans le mauvais temps, un jour qu'il était si sage,
Il est mort par un éclair blanc, tous derrière et lui devant.

Il est mort sans voir le beau temps, qu'il avait donc du courage !
Il est mort sans voir le printemps ni derrière ni devant. »

      

Sources :

  • Louis Rédet, dictionnaire topographique de la Vienne, Paris, imprimerie nationale, 1881.
  • Yannis Suire, Inventaire du patrimoine de la CAP, 2006.
  • ADV recensement numérisé en ligne.
  • ADV cote 51JX5 le « Libre Poitou » du 2 et 3 avril 1949.

           

Notes :

(1) : Il doit plutôt s’agir de « Sardanapal » célèbre cheval de l’écurie de Maurice de Rothschild, vainqueur de nombreux grands prix et qui termina sa carrière comme étalon reproducteur au haras de Champagné St Hilaire qui appartenait à Maurice de Rothschild.

(2) : Un de ses ancêtres le baron Hilaire Taveau de Morthemer, fut Maire de Montamisé de 1813 à 1830 (nommée par le Préfet), son fils prénommé aussi Hilaire, à sa tombe dans le cimetière de Montamisé (décédé le 18-3-1874 à Montamisé). Un autre, Adrien de Morthemer fut Maire de Montamisé (élu) de 1900 à 1914.

         

Montamisé, le 2 mai 2012
Article de Jean-François Liandier