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Les soldats de l’An II de Montamisé

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Un recrutement difficile

         

Préambule

L’année 1793, est une année fort troublée, la Révolution doit faire face à l’Europe des rois, en politique intérieure, elle se déchire. La Convention proclame la «patrie en danger» et annonce la levée de 300.000 hommes pour renforcer les armées. Cette mesure entraîne une révolte paysanne dans tout l'ouest de la France. Le 11 mars 1793 débute la guerre de Vendée, la plus impitoyable guerre civile qu'ait connue la France.

       

L’organisation administrative de la commune

La commune est la première circonscription administrative, créée par un décret du 14-12-1789. Elle correspond à notre ancienne paroisse.

Elle est administrée par un conseil général formé d’officiers municipaux dont le nombre est variable suivant l’importance de la population et de notables. Le maire est élu pour deux ans, les officiers et notables aussi, mais ces derniers sont renouvelables par moitié chaque année. Toutes ces élections se font au suffrage censitif. Ne peuvent être électeurs que les hommes majeurs (plus de 25 ans) qui paient une contribution au moins égale à 3 jours de travail (on les appelle les citoyens actifs). Pour être candidat il faut acquitter une contribution d’une valeur égale ou supérieure à 10 jours de travail. La municipalité comprend également un membre important : le procureur ou procureur syndic. C’est le représentant de l’Etat au sein du conseil.

La municipalité siège à la « maison commune » (le terme « mairie » n’est pas utilisé à cette époque) qui se trouve au presbytère de Montamisé.

Montamisé fait partie du district de Poitiers et du canton de Dissay.

   

La municipalité de Montamisé en 1793

Le maire de Montamisé est Hilaire Rose, cultivateur, marié à Marie Raveau, il est le fils de Nicolas Rose et Marie Anne Soreau avec une nombreuse descendance. Il fut maire de 1792 à 1794.

Les officiers municipaux sont : Joseph Gervais, François Secouet et Jean Messy.

Les notables sont : Jean Bernier, Jean Massé.

Le procureur est Louis Le Sous.

        

La levée des 300 000 hommes

La loi du 24 février 1793, décrète la levée par tirage au sort de 300 000 hommes âgés de 18 à 40 ans, célibataires ou veufs sans enfants.

Des contingents sont fixés pour chaque département, chaque district (990 hommes pour celui de Poitiers), chaque canton (55 hommes pour celui de Dissay), chaque commune (12 hommes pour Montamisé). Le directoire du district à nommer deux commissaires par canton pour « suivre et surveiller dans les diverses communes les opérations relatives à la levée », pour Montamisé il s’agit du commissaire Bontemps.

Il s’agit donc maintenant d’une réquisition et non d’un appel aux volontaires comme les années précédentes.

Dans la Vienne l’ardeur révolutionnaire est très variable suivant les communes, dans certaines, les hommes se présentent spontanément, par exemple,  la société des amis de la liberté et de l’égalité de Poitiers proclame la commune de  Migné-Auxances « pour avoir bien mérité de la patrie, ayant  fourni dès le premier jour des hommes en sus de son contingent ».

Dans d’autres il faut avoir recours à l’élection ou au tirage au sort ou même ouvrir des souscriptions qui aideront des « volontaires » à se présenter…

Le 14 mars 1793, la municipalité de Montamisé procède au recensement des hommes qui sont dans l’âge de 18 à 40 ans, lesquels sont au nombre de 58. A l’issue de l’assemblée, huit hommes seront retenus sur les douze demandés au grand dam du commissaire Bontemps.

L’enthousiasme révolutionnaire est plutôt tiède. Nous avons le détail des opérations grâce au rapport que le commissaire au recrutement Bontemps fit au directoire du département en date du 15 mars 1793 (ADV cote L 138).

« Citoyens administrateurs,
Je vous remets un procès-verbal des opérations de Montamisé, il n’y a point eu d’insurrection, mais les citoyens n’en ont pas moins été réfractaires à la loi, induite en cœur par ceux qui sont en tête de la paroisse.
En effet dès que l’assemblée fut formée, le maire et le curé de la paroisse observèrent que Montamisé ne devait fournir que huit hommes au lieu de douze, tant par rapport au contingent fourni par la paroisse de St Georges, que relativement à quatre volontaires qui étaient partis précédemment de Montamisé, en vain leur ai-je dit que St Georges avait présenté 13 hommes… »

Malgré les objurgations du commissaire, ils refusèrent énergiquement d’en fournir davantage.

« Si j’avais insisté, écrit Bontemps, il y avait une insurrection, je m’en serais bien donné garde »

Mais tout n’est pas fini, quand il s’agit de désigner les partants, les citoyens firent inscrire « des bamboches, de véritables « pygmées » et comme le commissaire en faisait l’observation au curé JBO Fradin, frère de deux patriotes avancés, l’un administrateur du département, l’autre officier municipal de Poitiers, répondit « que les hommes croissaient difficilement sur un sol dévoré par les impôts ».

En résumé sur 12 hommes demandés, Montamisé ne consentait à en fournir que 8, sur lesquels un seul était de « bonne représentation », les sept autres étaient ridicules et Bontemps d’ajouter « inutilement j’ai voulu faire sentir à ces citoyens la honte dont ils se couvraient, leur patriotisme glacé n’a pu se réchauffer. Le maire s’est débarrassé de deux domestiques, l’un âgé de plus de 40 ans et l’autre d’une taille ridicule… ».

Puis Bontemps suggère que les frères du curé Fradin « le rappelle au dévouement à la chose publique… » et que le maire soit convoqué au directoire « afin que l’exemple ne se propagea pas ».

Il faut croire que les pressions et menaces du district eurent leurs effets, puisqu’une nouvelle assemblée en date du 17 mars 1793 avec procès-verbal indique, outre les 8 déjà nommés, « et pour compléter le contingent de douze hommes à fournir pour la paroisse de Montamisé, sont tombés volontaires par la voie du sort… » Suivent les quatre hommes désignés.

         

Qui sont les douze « réquisitionnaires »

  • François Taffet domestique à la Roche de Bran
  • Jacques Messy du village de Bran
  • Jacques Vaudeleau domestique chez René Maillé à la Richardière
  • René Moine domestique chez Pierre Lochon à Ensoulesse
  • François Marchais, domestique à la Roche de Bran
  • Jacques Massé demeurant à la Vauroulaye
  • Jean Venet, domestique chez le maire
  • Jacques Boisier, domestique chez le maire
  • Jean Laverré, garçon laboureur
  • Hilaire Brodier, vigneron demeurant à Ensoulesse
  • François Messy demeurant chez son père au village de Bran
  • Jean Perdriau, domestique chez le citoyen Fouqueteau de Mortier.

Cette levée ne va pas suffire, la situation aux frontières et en Vendée s’aggravant, la Convention décrète le 23 août 1793, la réquisition générale de tous les hommes de 18 à 25 ans. C’est ce que l’on a appelé « la levée en masse ».

        

Sources et bibliographie

     

Mes remerciements à David Pelletier pour les documents fournis sur cette période.

        

Montamisé, le 8 mars 2015

Article de Jean-François LIANDIER