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Noces tragiques à Mortier en 1908

         

Le 7 avril 1908, Adrien Taveau de Morthemer, maire de Montamisé, célèbre en la mairie le mariage de Laverré Armand, Joseph, Emile, cultivateur, âgé de 20 ans, demeurant au village de Mortier, il est le fils de Laverré François, Aimé, Armand, cultivateur et de Deschamps Eulalie, Henriette, Sara. La mariée est Thomas Henriette (et non Germaine, comme indiqué dans « l’Avenir de la Vienne ») âgée de 15 ans, demeurant avec ses parents au bourg de Montamisé, elle est la fille de Thomas Henri, cultivateur et Fouquet Rosalie, Louise.

Les témoins du mariage sont : Laverré François, âgé de 22 ans, cultivateur, frère de l’époux demeurant au dit Mortier et de Bachon Sylvain, propriétaire, âgé de 41 ans, oncle maternel de l’époux demeurant au bourg de Montamisé d’une part de Thomas Victor, cultivateur, âgé de 35 ans oncle de l’épouse demeurant à Montamisé, de Fouquet Auguste, cultivateur, âgé de 41 ans oncle maternel de l’épouse demeurant à Poitiers.

Après le mariage à l’église célébré par le curé Félix Besson, la noce se dirige vers Mortier pour faire comme il se doit la fête, laissons le journal « L’Avenir de la Vienne » conter la suite des événements : « L’après-midi se passa de façon charmante. On était gai comme il convient en pareille circonstance. On s’accordait à dire dans le village que c’était « une jolie petite noce ». Hélas ! la nuit devait apporter les larmes et le deuil là où tout n’avait été que joie et francs éclats de rire ! Vers 7 heures on s’était mis à table dans une grange attenante à la maison des parents du marié à Mortier. Vers 9 heures, alors que le repas achevé, les convives se disposaient à quitter la table, une partie du mur de la grange faisant corps avec celui de la maison d’habitation s’effondra.

Ce fut brusque et ce fut terrible. Il y eut un bruit sourd d’abord puis formidable et des pierres, des moellons tombèrent en avalanche, renversant et couvrant une dizaine de convives. Le mur s’était d’abord affaissé du bas, nous a-t-on dit, puis tout un pan large de 4 m et haut de 5 s’était effondré… Il y eut un moment d’indescriptible panique. Des cris déchirants furent poussés, lugubres dans l’obscurité qui régnait alors, la table renversée, les lampes étaient tombées sur le sol et s’étaient éteintes.

La première minute d’effroi passée, les convives indemnes songèrent à organiser les secours et ils le firent aidés de quelques voisins parmi lesquels nous citerons M. Laverré Louis…

Des décombres, ils retirèrent et non sans mille peine et mille précautions, Mme Marie, Louise Deschamps, épouse Bachon, âgée de 39 ans ; Célestin Beaudeau, cultivateur à Montrouge ; Mme Noémie Guyonnet âgée de 30 ans, demeurant à Mortier ; M. Charles, Joseph Guyonnet, âgé de 33 ans, cultivateur à Mortier ; Mme Clémentine Laverré âgée de 54 ans demeurant à Mortier ; son mari âgé de 56 ans ; Bachon Sylvain âgé de 41 ans demeurant à Montamisé et sa fillette Marie, Marguerite âgée de 2 ans et 10 mois.

Hélas ! parmi ceux-là il nous faut enregistrer deux morts : M. Bachon Sylvain et son enfant côte à côte trouvés ! les autres ont été blessés plus ou moins grièvement.

Des souliers, des chapeaux, des lambeaux de vêtements appartenant aux blessés ou aux morts sont restés sous les pierres. A la hâte on avait fait appeler M. le docteur Malapert qui arriva à Mortier vers minuit et n’en repartit qu’à 2 heures. Le reste de la nuit s’acheva dans la consternation. Au jour on prévint les autorités. Les gendarmes se sont rendus à Mortier pour y procéder à une enquête. »

Parmi les sauveteurs qui firent preuve d’un grand dévouement et d’un grand courage, « l’Avenir de la Vienne » met à l’honneur : « M. Bertrand Louis, domestique au service de M. Messy, conseiller municipal, propriétaire à Mortier, voisin des parents du marié et qui fit preuve lui-même d’un grand sang-froid bien que blessé… » citons aussi « M. Gaudin Louis domestique à Mortier qui fit preuve d’un admirable courage ».

      

Les victimes

Bachon Sylvain (et non Joseph, comme indiqué dans la presse, en effet tous ses actes d’état-civil indiquent un seul prénom Sylvain) est le fils de Bachon Louis et Foucher Marie, il est né à Vernon (86) le 14-4-1867, il s’est marié le 15 septembre 1891 à Montamisé avec Marie, Louise Deschamps, fille de Louis, Jules Deschamps, cultivateur à Montamisé et Alexandrine Laverré, sage-femme. Le couple aura une fille Marie, Marguerite née le 24 mai 1905 à Montamisé qui décèdera tragiquement avec son père le 7 avril 1908.

Le « Courrier de la Vienne et des Deux-Sèvres » du 9-4-1908, nous apprend que « M. Bachon avait tenu il y a sept ou huit ans, un café dans la rue Carnot, en face du cercle des officiers. Il fit ensuite divers commerces et depuis deux ans, il était définitivement fixé à Montamisé où il avait acheté une très jolie maison de campagne avec une certaine quantité de terres… ».

    

Conclusion

Ce fait divers tragique va marquer les esprits bien au-delà de Montamisé, si la presse locale en parle avec détails, ce qui est logique, la proximité du fait et de son lecteur, détermine l’intérêt de l’information qui deviendra un évènement essentiel. Par contre, la presse régionale et nationale va aussi s’en faire l’écho, ainsi les journaux suivants : « le Cherbourg-Eclair », « L’Express du Midi », « le Radical », « le Journal », « L’Aurore », « le Petit Parisien », « le Matin », « L’Echo de Paris », « Le Siècle » etc. vont traiter cet évènement tragique avec plus ou moins de rigueur dans leurs rubriques « faits divers ».

    

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Note

Le comparatif des différents articles de presse sur un sujet « fait divers » montre bien qu’il faut faire preuve de « prudence scientifique » dans le traitement de l’information. Le journaliste traite « à chaud » un évènement en s’appuyant souvent sur des témoignages humains par nature fragiles. Le journaliste a pour mission de rendre compte d’un présent, il doit donc rechercher des sources d’informations, les analyser, les vérifier pour qu’elles soient crédibles afin de garder un climat de confiance avec ses lecteurs.

       

Sources

  • AD86 presse locale numérisée : l’Avenir de la Vienne et le Courrier de la Vienne et des Deux-Sèvres
  • AD86 registres d’état-civil en ligne
  •  BNF Gallica la presse numérisée régionale et nationale

      

Montamisé, le 7 mai 2016

Article de Jean-François LIANDIER