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Portrait de Guignard Désiré, Ulysse, Eugène

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Préambule

Le journal « La Nouvelle République » a publié dans ses éditions des 28-29-30 juillet et 1-2-4 août 2016, le premier mois des carnets de guerre de Guignard Désiré, Ulysse, Eugène, que son petit-fils Jean-Pierre Pérou a retrouvé.
Ce carnet d’un Montamiséen est un témoignage précieux sur les horreurs de cette guerre, la souffrance journalière, l’attachement familial, l’espoir d’un retour… Nous devions lui rendre un hommage ainsi qu’à tous ses camarades dont beaucoup ne sont pas revenus.

     

Son état-civil et familial

Il est né le 28 novembre 1893 au village d’Ensoulesse, commune de Montamisé, fils de Pierre, Auguste Guignard (1857-1929) cultivateur et Messy Marie, Louise, Eugénie (1860-1944). Il exercera le métier d’agriculteur.

Il va se marier le 20 janvier 1919 à Chasseneuil du Poitou avec Giret Germaine, Marie, celle-ci est la fille de Pierre, Gustave, Albert Giret et Dubreuil Louise, Radegonde.

Le couple aura deux filles :

  • Micheline, Germaine, Marie, née le 31-10-1919 à Montamisé, Ensoulesse, décédée le 28 février 1928 à Chasseneuil du Poitou.

  • Simone, Isabelle, née le 22 février 1921 à Montamisé, Ensoulesse qui se mariera le 22 avril 1946 à Montamisé avec Pérou Pierre, Guy.

         

Sa situation militaire

Il est incorporé à compter du 1er octobre 1913 au 20° régiment d’artillerie de Poitiers, le 7 octobre 1913 il obtient le brevet spécial d’aptitude militaire puis passe au 3° régiment d’artillerie lourde le 1 juillet 1914.

La mobilisation générale est décrétée le 2 août 1914 et 3 août l’Allemagne déclare la guerre à la France. Le 3°RAL se mobilise sous les ordres du colonel Lebrun et du lieutenant-colonel Moraillon, il était composé de quatre groupes de chacun trois batteries (2 groupes armés de 155 Court TR modèle 1904 et 2 autres de 120 Court modèle 1890, hippomobile).

Le 10 août 1914, c’est le départ pour le front, Désiré écrit dans son carnet « Nous embarquons à Grand-Pont à 12h30, il fait très chaud, nous sommes gais. Les chevaux et les voitures sont garnis de fleurs, le train part, je vois passer Chasseneuil avec regret, je dis au revoir. On nous acclame sur notre passage ; dans les arrêts on nous donne du vin, des fruits, des fleurs. A Amboise, une belle jeune fille me donne une touffe de géraniums. Aux Aubrais, il commence à faire nuit, on nous donne un journal, on nous acclame ; je suis couché dans un wagon avec les chevaux, il fait une chaleur tropicale, on s'endort malgré les cahots. Je me réveille à Sens à 2h du matin. Nous voyons le jour avant Troyes.

"On entend le canon dans deux directions" 

11 août 1914. Nous sommes arrêtés avant Troyes. Là il y a eu un déraillement la veille où le 49e a eu des morts et des blessés. Les wagons sont épars, de chaque côté les voies sont brisées, les traverses tordues. Nous n'avons que très peu de pain, et nous n'avons aucune conserve. Je partage un morceau de pain sec avec mon camarade et nous buvons de l'eau. En passant à Troyes, j'achète pour trois sous de pain qui me font grand plaisir. On passe à Bar-sur-Aube ; on commence à voir des coteaux plantés de vignes ; il fait un soleil splendide. Nous quittons la direction de Chaumont. La nuit arrive, le train roule toujours, nous sommes fatigués, on s'endort malgré tout. On passe en vue des forts de Toul, et nous débarquons à Chaligny à 3h et demie du matin ; environ 40 heures de route. »…

Le 17 septembre 1914, Désiré Guignard sera nommé Brigadier, puis Maréchal des logis le 28 septembre 1915. Désiré va passer le 1er octobre 1915 au 105° RAL, car le 1er novembre 1915, le 3° RAL est dissous. Le 105° RAL créé de toutes pièces, a été formé en partie par des éléments du 3° RAL. Il va y rester peu de temps, le 1er novembre 1915, il est affecté au 111° RAL (régiment constitué lui aussi d’unités provenant d’autres corps).

Le 14 avril 1917, il est blessé (fortement contusionné par l’explosion d’obus allemand). Le 15 avril 1917, il est cité à l’ordre du régiment : « le 14 avril 1917 sous un bombardement qui tuait 3 hommes de sa pièce en action, a relevé un blessé. Projeté à terre par un nouvel obus s’est relevé et a mis son blessé à l’abri. Croix de Guerre ». Il sera plus tard, décoré de la Médaille Militaire (décret du 14-3-1968).

Le 1er octobre 1919, il passe dans la réserve de l’armée d’active (27° RA le 6 juin 1919). Placé en sursis jusqu’au 31 août 1919 comme cultivateur à Montamisé puis envoyé en congé de démobilisation à Montamisé le 1er septembre 1919 par le 20° RA.

Maintenu service armé, invalidité inférieure à 10%, par la commission de réforme de Poitiers du 27-4-1920 « pour séquelles de blessures du genou droit et de l’épaule gauche sans lésions articulaires appréciables ».

Désiré Guignard va reprendre sa vie d’agriculteur et sa vie de famille, la fin des années d’horreur, l’espoir en des jours heureux…

Désiré Guignard décède à Poitiers le 16 février 1979 à l’âge de 85 ans.

        

Conclusion

Son carnet de guerre, comme bien d’autres, sont des témoignages humains irremplaçables sur les horreurs de cette guerre, ils présentent un intérêt historique mais aussi pédagogique et mémoriel.

Ce portrait n’a pas la prétention d’être exhaustif, il se veut, à travers Désiré Guignard, rendre un hommage à tous les « poilus ».

       

Note sur les deux Désiré Guignard de Montamisé

Nous venons de voir Guignard Désiré, Ulysse Eugène, à ne pas confondre avec Guignard Désiré, Eugène né le 10 mars 1894 au village d’Ensoulesse, commune de Montamisé, fils de Louis, Désiré Guignard et Laverré Marie, Alexandrine. Il se mariera le 26 avril 1919 à Montamisé avec Bertin Constance, Marie, Elisabeth, le couple aura un fils prénommé Omer né en 1920 qui fut employé communal à Montamisé.

Désiré Eugène fera aussi la grande guerre, affecté au 79° RI puis aux 20° et 21° bataillons de chasseurs à pied. Il sera blessé le 23 janvier 1916 par balle à l’épaule droite puis à nouveau blessé le 29-11-1916 à Allaincourt, plaie à la jambe gauche par éclats d’obus. Il sera cité à l’ordre du bataillon le 2-7-1916.

Les deux Désiré Guignard de Montamisé ont un ancêtre commun : Guignard Pierre (1819-1891) leur grand-père (marié avec Louise Pain), ils sont donc cousins germains, comme quoi leur histoire est proche…

         

Sources

  • AD 86 registre matricule n°1212, BR de Châtellerault.

  • AD 86 Registres d’état-civil numérisés en ligne et en salle de lecture.

  • NR des 28-29-30 juillet et 1-2-4 août 2016.

  • Historiques des régiments : 105°RAL et 111°RAL, Gallica, BNF.

  • Illustration : NR du 28-7-2016, JP Pérou.

       

Montamisé, le 16 août 2016

Article de Jean-François Liandier