Accès directs


Portrait de Jean-Pierre Dormoy

Image associée à l'article

Jean-Pierre Dormoy, une victime civile de la seconde guerre mondiale

     

Préambule

Le 4 juillet 1944, sur la commune de Montamisé, au lieu-dit « Pont de Nieuil » un drame va avoir lieu où Jean-Pierre Dormoy trouvera la mort.

  

Sa situation familiale

Jean-Pierre Dormoy est né le 1 mars 1907 à Chauvirey le Châtel dans la Haute-Saône, il est le fils de Joseph Dormoy (voiturier) et de Bouérat Eugénie. Il est issu d’une famille de 13 enfants.

Il va quitter sa Haute-Saône natale, probablement pour des raisons professionnelles pour aller dans la Vienne et entrer au service des Eaux et Forêts comme chauffeur du conservateur de ce service à Poitiers.

Il se marie le 28 décembre 1940 à Bignoux avec Aline, Madeleine, Rose Dutheil (1912-2001), celle-ci est la fille d’Aimé Julien Dutheil (1871-1951), fermier à Bignoux et d’Audinet Marie Rose (1878-1961).

Le couple Dormoy, domicilié à Château-Fromage commune de Bignoux, va avoir deux enfants : Jean-Claude Dormoy (1941-2002) qui se mariera à Evelyne Michel et Jeanine Dormoy (née le 21-6-1944) qui se mariera avec Philippe Neveu (1937-1984) (Les Neveu sont une vieille famille de Montamisé, Tronc).

     

Le drame du 4 juillet 1944 au Petit-Nieuil

Le 4 juillet 1944, Jean-Pierre Dormoy au volant de sa berline de service, une Renault gazogène à remorque n°6686 ZH 3, roule de la forêt de Moulière vers Poitiers sur la route CD3 au lieu-dit « Pont de Nieuil » commune de Montamisé, à 18h30, sa voiture est repérée et mitraillée par un avion américain P38 Ligthning, la puissance de feu du chasseur US ne lui laisse aucune chance (le P38 Ligthning est armé d’un canon HS404 de 20 mm et de 4 mitrailleuses M2 de 12,7 mm).

Que s’est-il passé, sans doute sa voiture a-t-elle été prise pour une voiture allemande ou de la milice ? Pendant l’été 1944, les combats sont nombreux dans la région, les maquis harcèlent les troupes allemandes, les attaques aériennes alliées sont nombreuses, Poitiers sera libéré le 5 septembre 1944.

Le dossier de JP Dormoy au Service Historique de la Défense de Caen et notamment le rapport de la brigade de gendarmerie de Jaunay-Clan du 5 juillet 1944, nous indique les circonstances de l’accident : « la voiture porte les dégâts suivants : glace arrière brisée, volant cassé, les deux coussins intérieurs perforés chacun à deux endroits, le pneu arrière gauche crevé, le coffre arrière est percé au milieu, quatre traces de balles sur le derrière de la voiture… la marmite à charbon qui est remorquée derrière la voiture est perforée à quatre endroits différents. La balle qui a tué le conducteur est celle qui a brisé la glace arrière et le volant… nous remarquons de nombreux points d’impacts de balles sur la chaussée du CD3… ».

Deux témoins, le sous brigadier de police Cimetière et le gardien de la paix Girault qui circulaient sur le CD3 pour se rendre à leur service ont constaté que le conducteur était mort « il avait été tué d’une balle qui l’avait traversé à hauteur du cœur », ils vont arrêter la voiture de M. Pinault, marchand de fromage à Poitiers et charger la victime pour la transporter à la morgue de l’Hôtel-Dieu de Poitiers.

Emile, Paul Rat, président de la délégation spéciale de Montamisé va se rendre également sur les lieux (le conseil municipal de Montamisé a été dissous le 13-10-1942 et remplacé par une délégation spéciale de trois membres, nommés par le préfet).

A 37 ans, Jean-Pierre Dormoy laisse une veuve et 2 orphelins. Le 11 juin 1945, le secrétaire général des anciens combattants lui attribue la mention « Mort pour la France ».

Il a été inhumé au cimetière de Bignoux, son nom figure sur le monument aux morts de Bignoux ainsi que dans le recensement des « Morts pour la France » de Poitiers, son acte de décès ayant été établi par la mairie de Poitiers le 5 juillet 1944.

      

Les victimes civiles de la seconde guerre mondiale

En France, le bilan des pertes militaires est de 250 000 morts et celui des pertes civiles de 350 000 morts. Les civils ont été davantage touchés que les militaires en effet « une grande partie de la population civile a été confrontée de 1940 à 1944-1945 successivement à l'invasion, aux mitraillages des routes de l'exode, à l'occupation allemande, à la répression, aux représailles et massacres d'otages, puis aux bombardements alliés à partir de 1943, enfin aux combats de la libération ».

Par exemple le bombardement du 13 juin 1944 de la gare de Poitiers et des quartiers environnants, l’historien Jean-Marie Augustin raconte : « 1.800 bombes, soit 500 tonnes, ont été déversées par 112 bombardiers de la Royal Air Force précédés de Mosquitos chargés d'envoyer des fusées éclairantes qui avaient un double but : prévenir les populations et baliser la zone éclairée. ». « Officiellement il y a eu 173 tués et 239 blessés. Des chiffres certainement inférieurs à la réalité. Les brigades de la défense passive ont relevé 210 morts et 389 blessés. Beaucoup de gens se déplaçaient et il y avait de nombreux clandestins, réfractaires du STO, juifs, personnes recherchées pour de multiples raisons… ». Un autre bombardement le 1er août 1944 traumatisera les Poitevins…

Un devoir de mémoire doit toujours rester présent pour honorer et éviter l’oubli de toutes les victimes civiles de la seconde guerre mondiale.

        

Sources

  • La guerre aérienne dans la Vienne 1939-1945 de Christian Richard, Geste éditions.
  • Bilan de la seconde guerre mondiale de Marc Nouschi, Le Seuil 1996.
  • NR du 13 juin 2014.
  • Les bombardements de Poitiers en 1944 de Gérard Simmat et Bernard Guionnet, Geste éditions, septembre 2004.
  • Mairie de Poitiers, acte de décès n°689 de JP Dormoy.
  • Mairie de Chavirey le Châtel, acte de naissance n°2 de JP Dormoy.
  • AD 70 état-civil numérisé en ligne.
  • AD 86 état-civil numérisé en ligne.
  • Service Historique de la Défense de Caen, DAVCC, cote 21P336814. Mes remerciements aux personnels du SHD pour leur disponibilité.

      

          

Montamisé, le 7 juin 2017

Article de Jean-François LIANDIER