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Portrait de Jean Secouet

           

Itinéraire d’un paysan soldat sous la Restauration

       

Une vieille famille du village d’Ensoulesse

Jean Secouet est né le 17 février 1805 au village d’Ansoulesse (qui s’écrivait autrefois avec un A), commune de Montamisé. Son père Jean Secouet est cultivateur à Ensoulesse, il s’est marié avec Marie Rose, le 16 mai 1797 à Montamisé. De cette union vont naître 11 enfants.

Jean Secouet père et son frère François sont propriétaires de plusieurs fermes avec les terres adjacentes à Ensoulesse (aux 7, 9, 11, 13 et 15 de l’actuelle rue de l’abbaye) et leurs nombreuses familles fournissent la main d’œuvre nécessaire. Tout naturellement Jean Secouet fils est un paysan, mais une innovation technique va venir changer cette carrière toute tracée.

Une courte carrière au télégraphe optique Chappe

En avril 1823, la ligne de télégraphie optique « Chappe » Paris-Bayonne, entre en activité. Une station du télégraphe est construite à proximité d’Ensoulesse au lieu dit « Le Télégraphe » au point le plus haut de la commune de Montamisé, en liaison avec Beaumont en amont et Poitiers (Palais de Justice) en aval. On recrute du personnel et notre jeune Jean Secouet se porte volontaire. Le voila stationnaire de 3° classe au salaire de 1,25 F par jour, il travaille selon le système de « l’alternat » : le premier stationnaire commençait son travail un quart d’heure avant le lever du soleil jusqu’à midi, l’autre après avoir pris ses consignes, œuvre jusqu’à un quart d’heure après le coucher du soleil et ce 365 jours par an. Ce système lui permet d’avoir une autre activité à la ferme familiale, c’est donc un travail d’appoint.

Le travail est très physique : il doit lire le signal du poste amont avec l’aide de sa longue vue, le reproduire sur son manipulateur, sans erreur, et vérifier que le signal est bien transmis. Un règlement intérieur draconien, des primes pour les agents méritants, des amendes ou exclusion pour les autres, tout cela pour un salaire faible.

Après avoir été le premier stationnaire du télégraphe du poste Chappe de Montamisé d'avril 1823 à mai 1823, il va choisir une autre orientation et s’engager dans l’armée. Son frère Hilaire Secouet va le remplacer à son poste, à noter qu’une de ses sœurs, Justine Pauline va épouser Joseph Jarasson, lui aussi employé du télégraphe Chappe de Montamisé.

Une carrière militaire

Il s'engage le 25 mai 1823 devant le maire de Montamisé Taveau de Morthemer pour le 94° régiment d'infanterie de ligne.

L’année 1823 est marquée par l’expédition militaire française en Espagne. D’ailleurs la ligne télégraphique Chappe, Paris-Bayonne, avait été créée pour cette raison.

« L’un des régimes les plus rétrogrades issus du congrès de Vienne était la monarchie espagnole, Ferdinand VII ayant eu à affronter une opposition libérale de plus en plus forte qui aboutit, après un soulèvement militaire, à la séquestration de la famille royale en juillet 1822. Réunis à Vérone, les représentants des grandes puissances européennes décidèrent d’une intervention pour rétablir le pouvoir du monarque et en confièrent, grâce à Chateaubriand, l’exécution aux armées françaises. Celles-ci, sous la direction du duc d’Angoulême, neveu de Louis XVIII et fils du futur Charles X, ne rencontrèrent guère d’opposition et, au cours de l’année 1823, rendirent à Ferdinand VII ses prérogatives de souverain absolu. Le fait d’armes le plus important, et qui fut alors monté en épingle, fut la prise du fort de Trocadéro, près de Cadix, le 31 août 1823. » (1). Le 30 septembre, les libéraux furent contraints de capituler.

Le 23 novembre 1823, le duc d’Angoulême revenait en France, laissant derrière lui une armée d’occupation de 45 000 hommes destinée à assurer la sécurité du royaume espagnol. En principe cette occupation devait durer jusqu’au 1 juillet 1824, en fait les dernières troupes durent rester jusqu’en 1828.

A une date non connue, Jean Secouet intègre le 35°Régiment d’Infanterie de Ligne (un des plus anciens régiments de France), il est Caporal Fourier au 1°bataillon, 2°compagnie et fait partie de cette force d’occupation.

Le 3 juillet 1828, il entre à l’hôpital de Cadix où il décède le 17 juillet 1828 à 15 h « d’une pulmonie et affection cérébrale chronique » selon l’acte de décès, à l’âge de 23 ans. Il ne reverra pas sa terre natale et reposera à Cadix, en terre andalouse.

      

Sources :

  • (1) Pascal Torrès, « L’Histoire par l’image », Ministère de la Culture et Réunion des musées nationaux.
  • AD 86 Etat-Civil numérisé en ligne.
  • L’expédition française d’Espagne en 1823, Geoffroy de Grandmaison, édition Plon 1928, Gallica BNF
  • JF Liandier, « le télégraphe Chappe de Montamisé » site internet de Montamisé, rubrique « Histoire ».
  • Y Suire, Inventaire CAP (commune de Montamisé), région Poitou-Charentes, 2006

         

Montamisé, le 18 février 2013

Article de Jean-François LIANDIER