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Portrait de Ludovic Bonvalet

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alias « Capitaine Anatole »

    

Préambule

Faire le portrait de Ludovic Bonvalet c’est aussi contribuer à l’histoire du maquis Anatole qu’il a fondé et commandé notamment lors des événements tragiques de la Roche de Bran les 14 et 15 août 1944. C’est aussi rendre hommage à ces combattants de l’ombre, des gens « ordinaires qui ont accompli l’extraordinaire » comme le disait Régis Debray.

  

Portrait de Ludovic Bonvalet

Bonvalet Ludovic, Pierre est né le 11 janvier 1910 à St Secondin (Vienne), fils de Pierre Bonvalet, maçon et Beau Marie Valentine. Il exercera la profession de maçon et se mariera le 30 août 1932 à Geneviève Léontine Faugère, couturière, née à Usson du Poitou le 17-6-1912. Ils auront deux enfants : Geneviève née en 1933 et Pierre né en 1938.

Engagé volontaire pour un an le 25 octobre 1930 et affecté au 73°RA à Lunéville, 1°classe le 15 avril 1931, il est rayé des contrôles le 15 octobre 1931 et affecté au centre de mobilisation d’artillerie n°9. Puis rappelé à l’activité par le décret de mobilisation du 1-9-1939. Il est affecté au 19°RA dépôt n°9, part aux armées le 12-9-1939, participe aux batailles de l’Est et de Belgique puis renvoyé sur le DA n°9 le 8-2-1940 comme affecté spécial à la 101°batterie et dirigé aux chantiers de constructions neuves du Vigeant. Démobilisé le 25 juin 1940.

Il va reprendre son activité d’entrepreneur en maçonnerie et parallèlement s’engager dans la Résistance. Dans son dossier d’habilitation, il nous indique son action « En 1942 je forme un groupe de Résistance à St Secondin et assure par mes propres moyens le passage de la ligne de démarcation entre un groupe de résistance FN de Paris à Lyon. En 1943, faisant partie du réseau Gallia sous le commandement de Savary André et de Potreau Victor je prends contact avec les FTPF commandés par le colonel Sidoux, je participe aux sabotages dans la région et fait héberger dans les fermes des illégaux et les faisant même travailler à mon entreprise… »

 Le 20 mars 1944, il reçoit l’ordre de rejoindre le STO ce qu’il va refuser et entrer dans l’illégalité dans le groupement FTP Sud Vienne « AMILCAR », groupe « Anatole » du 21 mars 1944 au 5 septembre 1944, il a continué à servir dans sa formation après la libération jusqu’au 20 octobre 1944 date à laquelle il a été affecté au 125°RI et pris le commandement de la 3°compagnie. Engagé volontaire pour la durée de la guerre le 7 février 1945 au titre de l’infanterie. Démobilisé à compter du 1 juin 1945.

Capitaine FTP du groupe « Anatole », il sera homologué Lieutenant FFI par arrêté du 24-9-1951 (JO du 4-10-1951).

Il a été cité à l’ordre du régiment (ordre général n°24 du 20-4-1945) « le 13 août 1944 en compagnie d’un effectif réduit a attaqué un camion ennemi sur la route de Sommières à La Ferrière-Ayroux. Le 1-8-1944 a pris part aux combats de Bouresse. Le 15-8-1944 au château de la Roche de Bran a couvert courageusement le repli de son groupe ».

Il faut aussi rendre hommage à son épouse qui a pris une part active dans la Résistance sous son nom de guerre « Violette », dans le groupe « Anatole » puis en 1945 au 125°RI, 3°compagnie avec le grade d’adjudant-chef.

Ludovic Bonvalet décède le 3 août 1973 aux Roches, commune de Saint Secondin, il repose auprès de sa chère épouse (décédée en 2003) dans le petit cimetière de sa terre natale, à St Secondin.

         

Le maquis « ANATOLE »

Dans le dossier d’homologation de ce maquis détenu au SHD Vincennes, le capitaine Julien Latscha en présente un historique succinct :

« Le groupe de maquisards portant nom « ANATOLE » s’est constitué le 1 mai 1944 dans les forêts de « Lafat » département de la Vienne.
C’est sous l’impulsion de Monsieur Ludovic Bonvalet que ce regroupement s’est effectué. Monsieur Bonvalet était assisté de monsieur Alfred Bourdin.
Le recrutement des premiers éléments du maquis « Anatole » a été puisé au village de St Secondin (Vienne).
Composé de 60 maquisards le groupe a officiellement pris position le 1 juin 1944 à la ferme de la Mathurine (commune du Vigeant).
Lors de l’attaque de la petite grange de Mazerolles, le 5 août 1944, le groupe comptait 120 éléments et était chargé de surveiller les mouvements de l’ennemi sur l’itinéraire Lussac les Châteaux-Poitiers.
Après l’attaque de la Petite Grange de Mazerolles, le groupe s’est replié sur ordre, à la ferme de Tabuteau, commune de Plaisance.
Le 15 août 1944, le groupe a été attaqué à la Roche de Bran (commune de Montamisé) puis s’est replié en combattant à Savigny l’Evescaut, Chauvigny etc.
Pour prendre ses cantonnements au château de Persac.
Dès le 25 août a pris part active à tous les engagements destinés à libérer Poitiers.
Ce sont les premiers éléments avancés du groupe « Anatole » qui sont entrés à Poitiers, la nuit de la libération de la dite ville.
Durant cette épopée, le capitaine Latscha a fait fonction de secrétaire général du groupe, juriste, conseiller, officier de sécurité etc. 
»

Le groupe « Anatole dépendait du groupement FTPF Sud Vienne « AMILCAR » commandé par le Lieutenant-Colonel Robert Artaud alias « Amilcar ».

Le 25 novembre 1944, un avis de la commission départementale de Poitiers homologuait le maquis « Anatole » comme unité FFI, avis confirmé par la commission régionale et le Général commandant le IV° RM pour la période du 13-7-1944 au 5-9-1944, date à laquelle le personnel est passé au 125°RI. Le groupe « Anatole » se composait à cette date de 129 combattants, il a eu à déplorer la perte de 8 hommes.

     

Conclusion

Dans les jours sombres de son histoire, la France a toujours vu des femmes et des hommes se lever, résister à la barbarie, pour que notre devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité » vive, pour que les valeurs de la République « Indivisible, Laïque, Démocratique et Sociale » se transmettent à nos enfants.

Rappelons ce que disait l’historien Ernest Lavisse : « Enfant, tu aimeras la France parce que la nature l'a faite belle et que son histoire l'a faite grande ».

     

Sources :

  • Service Historique de la Défense (SHD) Vincennes cotes GR 16P 73015, GR 19P 86-39
  • AD 86 Registre matricule cote 9 R2 240
  •  AD 86 Registre Etat-Civil en ligne
  • Archives municipales de St Secondin (dossier Latscha)
  • Mairie de St Secondin, acte de décès de Ludovic Bonvalet

         

Mes remerciements à Mme Chartier Maryvonne, 1ière adjointe au maire de St Secondin, pour son accueil et ses informations (son père, Raymond Pailloux était membre du maquis « Anatole » sous le nom de guerre de « CADIT »).

 

Montamisé, le 27 novembre 2015

Article de Jean-François LIANDIER