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Portrait d’Enguerrand de Vergie

Préambule

Enguerrand de Vergie fut propriétaire du château de Corsec à Montamisé de 1940 à 1961. Agriculteur, industriel, propriétaire du château de Touffou, grand amateur de vénerie, Maire de Bonnes… C’est l’histoire de cet homme aux multiples facettes que nous allons vous faire découvrir, une façon aussi de lui rendre hommage.

       

Les origines familiales

Enguerrand, Laurent, Eugène de Vergie est né le 30 juillet 1898 au château de Touffou, commune de Bonnes. Il est le fils de Georges, Philippe, Léon de Vergie et de Marie, Elisa, Marguerite Ricard (1874-1956). Curieusement, sur son acte de naissance, le nom de Touffou se trouve ajouté à son patronyme, l’erreur sera rectifiée par un jugement du 3 juillet 1899 du tribunal civil de 1°instance de Poitiers par suppression du nom Touffou.

Engagé volontaire pour la durée de la guerre à compter du 29 octobre 1916, affecté au 109 régiment d’artillerie lourde puis au 104°RAL, nommé brigadier le 18-11-1917, maréchal des logis le 22-12-1917, il est blessé le 15 juillet 1918, plaie faciale gauche par éclats d’obus, il sera cité à l’ordre du régiment le 4-8-1918, décoré de la Croix de Guerre. Il sera démobilisé le 28 octobre 1919.

Enguerrand de Vergie se marie le 12 novembre 1921 à Paris avec Germaine, Fanny, Jacqueline, Louise, Marie Porte (1901-1963), ils auront deux enfants : Maurice et Alain.

Son Père : Georges de Vergie est né le 25 novembre 1858 à Paris 7°arrondissement, fils de Hyacinthe Devergie, négociant et Marie, Louise, Jenny Lefébure. Il s’engage le 5 novembre 1878 au 32° Régiment d’artillerie d’Orléans, nommé lieutenant de réserve le 9 janvier 1893. Il acquière le château de Touffou à Bonnes le 19 octobre 1897. Il va avec son épouse rénover la vieille demeure de Touffou puis le tocsin de la guerre sonne. Il va s’engager pour la durée de la guerre et être réintégré comme lieutenant au 20° Régiment d’artillerie. Deux fois blessé, cité à l’ordre du régiment le 26-12-1915, nommé Chevalier de la Légion d’Honneur le 12 juillet 1917, Croix de Guerre. A la fin de la guerre il est de retour à Touffou, il sera Maire de Bonnes, de son mariage, il aura cinq enfants.

Georges de Vergie décède le 19 décembre 1929 au château de Touffou à Bonnes.

        

Un homme aux multiples facettes

Après le décès de son père, Enguerrand de Vergie va continuer la restauration du château de Touffou et poursuivre sa renaissance architecturale et artistique (Le château fut classé monument historique en octobre 1923). Grand amateur de vénerie, il va faire revivre les traditions cynégétiques. « Après une courte association, de 1926 à 1931 avec l’équipage du marquis de Campagne, sous la dénomination de « Touffou-le-Fou », l’équipage de Touffou devint autonome…il se compose de 15 chevaux et 80 chiens anglo-poitevins… ». L’équipage de Vergie ira chasser dans toute la France.

Sa passion de la chasse le conduit tout naturellement à la présidence de la fédération départementale des chasseurs, pendant près de 30 ans, il va défendre et augmenter le patrimoine cynégétique de la Vienne, les médailles d’argent et vermeil du conseil supérieur de la chasse lui furent attribuées. Il sera promu en 1958 au grade de Commandeur du Mérite Agricole.

Sa passion des chevaux l’amène de 1946 à 1964 puis de février à novembre 1974 à la présidence de la société des courses de La Roche-Posay (société créée en 1926), en 1975 son fils Alain de Vergie lui succède.

Aux élections cantonales des 7 et 14 octobre 1934, il est élu conseiller général du canton de St Julien l’Ars (Sous l’étiquette « Union Républicaine » il battra au second tour, Georges Maurice « Radical-Socialiste »). Il était à cette époque, conseiller municipal de Bonnes.

En 1956, il est élu membre titulaire non résident de la Société des Antiquaires de l’Ouest. Sa mère, Marie, Elisa Marguerite Ricard, décédée en 1956, en était membre depuis le 18 mai 1933.

Administrateur communal, il fut Maire de Bonnes de 1953 à 1965. Ses services furent récompensés par la médaille d’argent départementale et communale. Il fut également président du comité régional de tourisme et reçut la croix de chevalier du mérite touristique.

Président d’honneur des anciens de la classe 18 de Poitiers, son courage lors de la première guerre mondiale lui valut la Médaille Militaire, il sera aussi nommé Chevalier de la Légion d’Honneur. Il était également vice-président d’honneur de l’union des sections de la Vienne des Médaillés Militaires.

            

Enguerrand de Vergie, industriel de la « Suze »

« Engagé par Henri Porte, son beau-père (décédé en 1921), Enguerrand de Vergie va, à sa manière, singulariser Suze dont les ventes étaient alors freinées par son appellation. L'étiquette mentionnait “Gentiane Suze” et les consommateurs, commandant une gentiane, consommaient souvent une imitation. Avec “Suze à la gentiane”, les ventes décollent à tel point que la raison sociale de la société F.Moureaux et H.Porte change, en 1922, pour “Distillerie de la Suze”. De 900 000 litres annuels durant les années 1920, les ventes de “Suze à la gentiane” atteignent 13 millions dans les années 1930 grâce à la multiplication des dépôts dans toute la France et la création d'une deuxième distillerie à Pontarlier… » (1)

Après une parenthèse pendant la seconde guerre, à la libération « l'usine, en état de marche, reprend ses activités. La société diversifie sa gamme dans les années cinquante avec Suze 16°, Suze Liqueur, Gin Suze et le vin doux Vabé pour concurrencer Bartissol. Malgré son slogan “Qui boit Vabé va bien”, ce produit se vend mal et conduit la distillerie à la faillite. Alors dirigée par Enguerrand de Vergie, elle trouve en Pernod et son président, Jean Hémard, un sauveur qui s'en porte acquéreur en 1965… ». (1)

            

Enguerrand de Vergie, propriétaire du château de Corsec à Montamisé

Le château de Corsec appartient à la famille Taveau de Morthemer depuis le 18°siècle, suite à un incendie, un nouveau château est reconstruit en 1893.

A la mort de Marie, François, Georges, Hilaire Taveau baron de Morthemer (décédé le 29-7-1939 à Montamisé), son épouse Marie de Lamote-Baracé (1886-1969) hérite du domaine avec son fils Alexandre, Joseph, Guy Taveau baron de Morthemer, négociant en semences agricoles demeurant à Tours, (son autre fils Hilaire a été tué à l’ennemi le 14 juin 1940).

D’après l’acte de vente en date du 1er décembre 1940 devant Me Ernest, Robert Agier, notaire à Poitiers et la transcription à la Conservation des Hypothèques de Poitiers du 13-12-1940, le domaine de Corsec est vendu à Enguerrand de Vergie, qualifié d’agriculteur, pour la somme de 400 000 F, la vente se compose de :

- « Le château et ses dépendances, les jardins d’agrément et potager, avec bâtiments d’exploitation pour la réserve, terres, prés et autres natures de culture.

- La ferme de la Porte comprenant : bâtiments d’habitation et d’exploitation, cour, jardins et terres labourables, pâtures, brandes et autres natures de fonds.

- La ferme de la Maîtrise comprenant : maison d’habitation et bâtiments d’exploitation, cour, jardin terres labourables, prés naturels et autres natures de culture.

Le tout d’un seul ensemble, d’une contenance de 86 ha, 49 a, 86 ca. »

Le recensement de Montamisé en 1954 nous montre que le château de Corsec était loué à des familles de militaires américains en garnison à Poitiers.

Engerrand de Vergie vendra en 1961 le château au Général Paul Bailly (voir notes) qui le revendra en 1968.

Suite à une implacable maladie, Enguerrand de Vergie décède le 29 août 1974 au château de Touffou à Bonnes à l’âge de 76 ans, ses obsèques auront lieu le samedi 31 août 1974 à 15h30, en l’église St André de Bonnes.

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Notes

- Paul Bailly (1903-1976) Grand’ Croix de la Légion d’Honneur, était Général d’Armée Aérienne, il fut Chef d’Etat-Major de l’Armée de l’Air puis Inspecteur Général de l’Armée de l’Air. Il se maria le 2 juin 1928 à Ligugé avec Marie Claudine Hambis (1902-1964), fille de Gérard, Albert Hambis (manufacturier, conseiller d’arrondissement) et Marie, Andrée Berland, et petite fille de Louis, Carlos, Céleste Hambis (1833-1904), manufacturier, Directeur de la filature de Ligugé, Maire de Ligugé de 1890 à 1904, Conseiller général du canton de Poitiers sud, Chevalier de la Légion d’Honneur.

- Marie Elisa Marguerite Ricard est née le 5 avril 1874 à Paris (16°), fille de Eugène Ricard (1844-1895), (architecte, très lié avec la famille Meunier, industriel et chocolatier) et Marie Louise Salles (1854-1886).

- Germain Fanny Jacqueline Louise Marie PORTE (1901-1963) elle est la fille de Henri Porte (1877-1924) et Louise Marchand. L’histoire d’Henri Porte est étroitement liée à l’histoire de la « Suze » : « En 1885, Fernand Moureaux hérite d’une distillerie familiale à Maison Alfort. Afin de sauver l’entreprise au bord de la faillite, il s’associe à Henri Porte, le fils de son banquier pour créer un nouvel apéritif. Tous deux croient en l’avenir des apéritifs frais et en la puissance d’une marque, et entreprennent alors de créer un apéritif d’un genre nouveau, en prenant le contre-pied de ce qui se fait alors communément : leur apéritif sera non à base de vin mais à base d’une plante, la gentiane ! » (2). En 1889 à l’exposition universelle, l’apéritif « Suze » obtiendra la médaille d’or. « Le célèbre apéritif est aujourd’hui produit dans l’usine historique de Thuir située dans les Pyrénées Orientales. Impressionnante structure architecturale, ancienne gare de triage des caves Byrrh, dont le créateur n’est autre que… Gustave Eiffel ! » (2). Léon Fernand Moureaux fut également Maire de Trouville (Calvados) et Officier de la Légion d’Honneur.

Sources

  • AD86, BSAO 4°série 1963-1964, le château de Touffou par Joseph Salvini et l’abbé Longer.
  • BNF Gallica BSAO.
  • AD86 Conservation des Hypothèques, acte 46, volume 1285, cote 4Q 10560.
  • AD86 état-civil et recensements numérisés.
  • AD86 registre matricule n°949.
  • AD86 journal l’Avenir de la Vienne des 8 et 15 octobre 1934.
  •  NR du 30 et 31 août 1974.
  • Mairie de Ligugé, registre d’état-civil.
  • Base Léonore, dossiers de Légion d’Honneur cotes : LH/2689/103 et 19800035/1216/40462, AN site de Paris et Fontainebleau.
  • Généanet site des familles Laveissière et de Corta.
  •  (1) La « Saga Suze » de Jean Watin-Augouard (site internet).
  •  (2) Site internet de la marque « Suze ».
  • Société des courses de La Roche-Posay.

       

       

Montamisé, le 9 juillet 2017

Article de Jean-François LIANDIER