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Portrait du curé Fradin

Portrait de Jean Baptiste Olivier FRADIN, curé de Montamisé à la Révolution

        

Une vieille famille de la bourgeoisie poitevine

JBO Fradin est né le 10 février 1748 à Poitiers, paroisse St Cybard et baptisé le même jour.
Il est le fils de Pierre Olivier Fradin, « procureur postulant au présidial de Poitiers et greffier en chef du conseil supérieur » et de Marie Jeanne Brucelle.
Ses parents se sont mariés à Poitiers, paroisse St Savin le 21 janvier 1744, ils ont eu une nombreuse descendance (14 enfants).

      

Une carrière ecclésiastique à Montamisé (1772-1792 et 1804-1820)

JBO Fradin va devenir prêtre presque exclusivement à Montamisé, avec un intermède comme vicaire de Bonnes en 1782-1783.
C’est en 1772 qu’il commence son ministère dans la paroisse de Montamisé, le 26 août 1772, il baptise Antoine Beaudeau, fils de Pierre et de Marianne Rivière.

      

La Révolution arrive…

Les échos révolutionnaires arrivent bien assourdis à Montamisé…

Le 10 octobre 1789, à Versailles, l'Assemblée constituante décide de nationaliser les biens de l'Église de France. « La nationalisation est votée le 2 novembre 1789. Elle se traduit par le transfert virtuel des titres de propriété à la Nation ainsi que par la suppression de la dîme, un impôt annuel prélevé par le clergé sur le tiers état. »

La même année, notre curé Fradin est bien occupé : on dénombre 20 baptêmes (14  filles et 6 garçons), 4 mariages et 18 décès (11 hommes et 7 femmes).

En 1790 on dénombre 31 baptêmes (20 filles et 11 garçons), 2 mariages et 21 décès (11 femmes et 10 hommes).

Le 12 juillet 1790, le vote de la Constitution civile du clergé ouvre un long conflit religieux :

« – La carte religieuse est calquée sur la carte administrative avec un diocèse par département (83 au total) au lieu de 135 précédemment, aux contours parfois extravagants.

– L'État s'engage à appointer les évêques et les curés. Il fixe des niveaux de traitements d'ailleurs tout à fait convenables. 50.000 livres pour l'évêque métropolitain de Paris, 20.000 livres pour les autres évêques, 1200 à 6000 livres pour les curés.

– Plus ennuyeux, les évêques et les curés doivent être désignés par les électeurs de leur paroisse ou de leur diocèse, que ces électeurs soient catholiques, athées, protestants ou encore voltairiens... Le pape n'a plus d'avis à donner sur ces nominations (il est vrai que les souverains de l'Ancien Régime avaient déjà pris l'habitude de s'arroger le choix des évêques au détriment du souverain pontife).

– Les curés et les évêques sont invités à prêter « en présence des officiers municipaux, du peuple et du clergé, le serment d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout son pouvoir la constitution»... L’Assemblée exige du clergé, le 27 novembre 1790, un serment de fidélité à la Constitution civile du clergé... La moitié des curés et tous les évêques sauf 4 (dont Talleyrand et Loménie de Brienne) s'y refusent ! C'est la rupture entre les catholiques et la Révolution. Les ecclésiastiques qui prêtent serment sont appelés jureurs, assermentés ou constitutionnels ; les autres insermentés,non-jureurs ou réfractaires. »… (Source : Hérodote.net).

Notre curé Fradin va prêter serment solennellement le 13 février 1791, auprès de la municipalité de Montamisé et signer le procès-verbal avec le maire, François Guérin et le greffier Denis Briand. Son vicaire Jean Guéry va également prêter serment le 21 février 1791, dans l’église à l’issue de la messe paroissiale, devant l’assemblée et le maire.

JBO Fradin est bien inséré dans la vie de la commune, pour preuve, les 7 et 14 février 1790, il préside l’assemblée des citoyens actifs de la paroisse de Montamisé, convoquée au son de la cloche, dans l’église, pour élire le maire de la commune (voir l’article sur l’élection du premier maire de Montamisé).

En vertu du décret du 23 février 1790, tous les desservants sont obligés de lire en chaire les décrets de l’Assemblée Nationale, « Cette mesure fait de l’église un lieu politique ».

Dans les années 1791 et 1792, il continue d’exercer son ministère, sans problème particulier, c’est un homme incontournable, il connait tout le monde, il est estimé de la population…Son dernier acte du registre paroissial est signé de lui, en tant que curé de Montamisé, le 15 décembre 1792, il s’agit de l’acte de baptême de Marie Messy, fille de François (charpentier) et Madeleine Massé.

Le 1er janvier 1793, le registre d’Etat-Civil remplace le registre paroissial.
Le 25 janvier 1793 an second de la République, le premier acte de naissance est enregistré par Hilaire Rose, maire de Montamisé, il s’agit d’Elisabeth Laurendeau, fille de Jean (laboureur à la métairie de Montigny) et Catherine Massé.
Le maire précise, que la municipalité n’ayant pas encore nommé un officier public pour dresser les actes destinés aux naissances, mariages, décès, c’est lui qui exerce cette fonction.

Par un procès-verbal en date de la 3°décade du mois de nivôse an II, JBO Fradin déclare qu’il a abdiqué le 23 nivôse an II (12 janvier 1794) de ses fonctions presbytérales, il s’en suit un inventaire des biens de l’église, fait avec le maire, Hilaire Rose.

JBO Fradin est devenu le citoyen Fradin, il va s’adapter à la situation…
Sa cure ayant été vendu comme « bien national », il va la racheter plus de trois fois le prix de sa valeur, 2500 sur 818 livres.

JBO Fradin a un frère prénommé Toussaint (né le 31 octobre 1754 à Poitiers St Cybard), propriétaire à Montamisé qui va devenir officier public de la commune, son premier acte est signé du 25 nivôse an II (14 janvier 1794).
Puis Toussaint Fradin va devenir, maire de Montamisé de 1800 à 1813. Les deux hommes sont très liés, Jean Baptiste Olivier est le parrain de Toussaint, il sera également son témoin au mariage de celui-ci avec Anne Moquet le 31 mai 1803 à Thurageau.

JBO Fradin a aussi des appuis au sein de l’administration révolutionnaire poitevine, un autre de ses frères, Célestin (né le 13 avril 1761) est juge au tribunal de Poitiers, puis avocat au Présidial, commissaire du pouvoir exécutif, directeur criminel du district et le 30 novembre 1802 il prêtait serment comme juge au tribunal.

        

Le Concordat et le retour de la paix religieuse

« Le 18 germinal an X (8 avril 1802), le Corps législatif de la République française adopte et promulgue le Concordat. Le texte a été signé le 15 juillet de l'année précédente par Napoléon Bonaparte, Premier Consul, et le pape Pie VII. » Il met fin aux guerres civiles et religieuses qui avaient divisé les Français tout au long de la Révolution.

Notre curé Fradin qui a gardé l’estime de ses paroissiens, va redevenir officiellement curé de Montamisé le 30 janvier 1804.
La cérémonie d’installation est présidée par Pierre Dupont, vice-archiprêtre du canton de St Georges, en présence de François Guérin, adjoint au maire, Joseph Gervais, propriétaire, Pierre Gervais, maréchal-ferrant …

JBO Fradin dispose à Charassé d’une « maison de maître avec métairie, borderie, bois et vignes » et un domestique à gages, Louis Deschamps.
En 1812 celui-ci est appelé comme conscrit, le tirage au sort lui ayant été défavorable, sauf à trouver un remplaçant qu’il faut payer. Louis Deschamps n’en a pas les moyens aussi notre curé va l’aider et lui éviter les dernières années des guerres napoléoniennes. Un contrat est fait le 15 février 1812 devant Me Ribault et son collègue, notaires impériaux à Poitiers, ce traité de remplacement entre Louis Deschamps et Jean Flatron prévoit les indemnisations entre les parties, cautionné par JBO Fradin sur ses revenus…

JBO Fradin décédera le 9 février 1820 à l’âge de 72 ans après avoir vécu 48 ans à Montamisé et exercé son ministère pendant 36 ans.
Son décès est déclaré par ses neveux Alexandre Aimé Fradin et Paulin Fradin.

       

Sources :

  • Archives communales de Montamisé, registres des délibérations.
  • AD Vienne, Registres paroissiaux et d’Etat-Civil numérisés.
  • AD Vienne dépôt 136 Montamisé  
  • Site internet : Hérodote.net
  • Archives diocésaines, paroisse de Montamisé.
  • « La Révolution à Poitiers et dans la Vienne » par le marquis de Roux (Horvath).
  • Fabrice Vigier « Les curés poitevins et la Révolution » Hérault éditions.
  • Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, par H. Beauchet-Filleau.

          

Montamisé, le 3 décembre 2012

Article de Jean-François LIANDIER