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Portrait du sous-lieutenant Fernand Fénéant

Préambule

La dimension exceptionnelle de la Grande Guerre n'échappe à personne.  Parmi les grands pays, la France est celui qui a payé le tribut le plus élevé à la Grande Guerre, 51 mois de guerre totale se soldent par un bilan humain catastrophique pour l'Europe et en particulier la France (1 400 000 morts et disparus, 4 200 000 blessés).

Par-delà Fernand Fénéant, c’est un hommage que nous rendons aux 45 enfants de Montamisé, Mort pour la France. Il convient de toujours garder à l’esprit le courage, la ténacité et le sacrifice de ces hommes pour construire une Europe plus fraternelle, une Europe empreinte de réconciliation.

Sa situation familiale

Fénéant Fernand Marcel est né le 12 septembre 1878 à Montamisé, son père Fénéant Pierre, est sabotier au bourg de Montamisé est âgé de 52 ans, sa mère Bouchet Marie Madeleine est âgé de 43 ans, il est le dernier d’une fratrie de sept enfants.

Son patronyme va lui poser quelques soucis, en effet sur son acte de naissance, il est orthographié « Féniant » aussi va-t-il saisir le tribunal civil de 1ère  instance de Poitiers qui par un jugement du 4 juillet 1899 ordonne que son acte de naissance soit rectifié en son nom patronymique « Fénéant ».

Il va se marier à Montamisé le 27 février 1905 avec MARTIN Augustine Juliette (fille de Martin Jules et Cardineau Augustine Florentine), à son mariage il est sergent au 125°RI de Poitiers. Le 3 novembre 1906 va naitre à Poitiers, sa fille, Marguerite, Marie, Madeleine.

Sa carrière militaire

Il est incorporé comme appelé le 25 novembre 1899 au 1° Régiment de Zouaves, qui se trouve en Algérie où il restera jusqu’au 18 août 1900, entre temps, il est nommé caporal le 16 juillet 1900.

La campagne de Chine (1900-1901)

« Pour répondre à la crise née de la guerre des Boxers, un corps expéditionnaire international de 100 000 hommes stationne en Chine, dans la province du Petchili, de l’automne 1900 à l’été 1901. Officiellement destiné à épauler le gouvernement impérial chinois dans le rétablissement de l’ordre, il constitue également un puissant atout dans les négociations entre Pékin et les puissances européenne, russe, américaine et japonaise qui ont envoyé des contingents militaires. Patrouilles, dispersion de bandes armées, contrôle de zone, présence ostensible représentent le quotidien des soldats, dans un cadre marqué par l’absence de commandement unique et la rivalité sous-jacente des États participant à l’expédition. Après la signature du traité de paix avec la Chine, en septembre 1901, l’occupation militaire étrangère diminue fortement. Néanmoins, quoique réduites en nombre, les troupes de diverses nationalités occupent le territoire jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. » (1). Pour en savoir plus (2).

Le 19 août 1900, Fernand Fénéant, appelé volontaire pour l’expédition de Chine, est affecté au Régiment de marche de Zouaves (4 bataillons), celui-ci fait partie du corps expéditionnaire français dont le commandant en chef est le général de division Voyron Emile (1838-1921). « Au 1er janvier 1901, le contingent français compte 696 officiers et 17 310 sous-officiers ou soldats, disposant de 1 100 chevaux et de 2 326 animaux de trait » (1).

Le Régiment de marche de Zouaves est intégré dans la 2° brigade d’infanterie commandée par le GBR Bailloud Maurice Camille (1847-1921). Son quartier général se trouve à Yang-Tsoun.

La campagne de Chine pour Fernand Fénéant va durer du 19-8-1900 au 12-9-1901. Il sera décoré de la médaille commémorative agrafe Chine 1900-1901.

Le 13 septembre 1901, il est de retour en Algérie dans son régiment d’origine le 1° Régiment de Zouaves, jusqu’au 15 juin 1902.

Affectation au 125° RI de Poitiers

Le 14 juin 1902, il s’engage pour 5 ans au titre du 125°RI, il arrive à son nouveau corps le 17 juin 1902, toujours comme caporal, il sera promu Sergent le 17 février 1904. Rengagé pour 5 ans le 8 janvier 1907 puis à nouveau pour 2 ans et 27 jours le 9 octobre 1912 à compter du 1 novembre 1912. Il est promu Adjudant le 1 juillet 1913.

Le 125° RI dans la « Grande Guerre »

En ce début août 1914, Fernand Fénéant est Adjudant dans la 4°compagnie du 1° bataillon du 125°RI dont le chef de corps est le colonel, breveté d’infanterie, Hilaire Deschamps. Le 125°RI fait partie du 9° corps d’armée stationné à Tours et commandé par le Général de division, Dubois Pierre, Joseph, Louis, Alfred (1852-1924).

Laissons parler « l’historique du régiment » :

« Le samedi 1° août 1914, bien que chacun sentît proche l'événement qui devait entrainer le choc effroyable des nations, le 125e régiment d'infanterie manœuvre, comme à l'habitude, dans les landes du Camp de Biard.

Vers 8 heures, un cycliste apporte l'ordre de regagner les casernes. Chacun a compris et les compagnies se dirigent vers la ville en chantant la Marseillaise et le Chant du Départ.

Les officiers, groupés autour du colonel, reçoivent les ordres. Rien n'est encore décidé : il faut être prêt seulement et l'on distribue les fameuses collections de guerre ».

Le soir, vers 16 heures, dans la cour de la caserne Rivaud, le cycliste de la brigade surgit tout à coup, porteur du télégramme qu'il remet au colonel. C'est la guerre. La musique se rassemble et joue la Marseillaise : une flamme d'enthousiasme s'allume et la résolution brille dans tous les yeux...

Les premiers éléments du régiment quittent Poitiers, le 5 août, vers 11 heures. Le colonel a décidé de rendre les honneurs au Drapeau sur la Place d'Armes. La ville se pavoise, le Préfet, le Maire, l'Evêque viennent saluer le régiment qui part.

Dans l'après-midi et dans la nuit, les dernières unités du 125e prennent le départ... »

Le 125° RI à Réméréville :

« Le 24 août, un escadron du 7° hussard annonce l'arrivée de fortes colonnes allemandes, et le 125° RI reçoit l'ordre de se porter en avant… Parvenus sur l'immense plateau qui s'étend au nord-est du village, nos fantassins sont reçus par une rude fusillade des Allemands. Les poilus ont commencé à se creuser des trous protecteurs et le jour s'éteint. Le 114° régiment d'infanterie, qui est arrivé à notre hauteur, pousse une charge à la baïonnette à laquelle le 125° régiment d'infanterie s'unit d'un élan superbe. Les mitrailleuses allemandes se mettent à cracher, faisant des vides en nos rangs, obligeant nos unités les plus avancées à s'établir sur le plateau…» Le 25 août 1914 Fernand Fénéant est blessé au cours de ces combats à Réméréville. Il retournera au front le 24 octobre.

Le 125° RI en Belgique

Fernand Fénéant va être promu Sous-lieutenant, à titre temporaire et pour la durée de la guerre, à compter du 30 octobre 1914 par DM du 6-11-1914, il se trouve à ce moment-là, en Belgique, au nord de St Julien où le 125°RI relève un régiment anglais très éprouvé. Les combats font rage :

« Après une attaque infructueuse, le 4 novembre, l'ennemi remonte à, l'assaut plusieurs fois dans la journée du 7. Il aborde en quelques endroits nos tranchées, où une lutte à la baïonnette, au revolver et au couteau nous laisse maîtres du terrain.

Grande préparation d'artillerie dans la journée du 9 novembre, et, le 10, au milieu de la nuit, l'ennemi sort de ses tranchées. Grâce à l'obscurité profonde, une compagnie allemande réussit à s'infiltrer entre le 2° et le 1er bataillon : elle s'établit entre nos premières et secondes positions dans une tranchée abandonnée. Les 7e et 8e compagnies, en première ligne, se trouvent alors complètement isolées et privées de toute communication extérieure. Par ailleurs, le colonel, qui a demandé le renfort d'un bataillon de chasseurs cyclistes et le soutien d'un groupe de cuirassiers mitrailleurs, donne l'ordre aux compagnies de réserve d'encercler totalement l'ennemi. Ce mouvement est achevé le 13 novembre, et la reddition de la compagnie allemande est obtenue. »…

C’est au cours de cette attaque allemande du 10 novembre 1914 que Fernant Fénéant va être tué d’une balle dans la tête. Le régiment va perdre un grand nombre d’hommes, le commandant Riboulot Lucien Emile (1863-1914), commandant le 1° bataillon est enseveli dans sa tranchée par un obus de gros calibre.

Fernand Fénéant repose au « carré militaire » du cimetière de Montamisé. Sur sa stèle sont gravées trois médailles : la médaille commémorative Chine, la Croix de Guerre et la Légion d’Honneur.

Au cours de cette guerre, le 125° RI aura perdu « 2653 officiers, sous-officiers, caporaux et fantassins » (3).

Il importe que le souvenir de leur courage et de leur sacrifice soit toujours transmis aux jeunes générations.

         

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Tombe de Fernand Fénéant mpf en 1914

           

Sources

  • (1) Jean-François Brun, « Intervention armée en Chine : l’expédition internationale de 1900-1901 », Revue historique des armées (2010) SHD.
  • (2) Joseph Savès, « la révolte des boxers ou boxeurs », site Hérodote.net.
  • Historique du  régiment : le 125°RI à la guerre (1914-1918) Poitiers, imprimerie Marc Texier.
  • Ministère de la Défense, DMPA, site « Mémoire des Hommes », journal de marche du 125°RI.
  • AD 86 état-civil numérisé en ligne.
  • AD 86 registre matricule numérisé en ligne.
  • (3) Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur l’histoire en générale du 125°RI, régiment de Poitiers 1914-1918, un excellent blog : «http://histoiredeguerre.canalblog.com/ »

        

Montamisé, le 5 novembre 2012

Article de Jean-François LIANDIER