Accès directs


Tentative de meurtre à la Roche de Bran en 1894

3a4d10e79a35b94930e42183af914413

         

Préambule

Le dimanche 23 septembre 1894, eut lieu une tentative de meurtre sur la personne d’Eugène Robin, régisseur du comte Henri de Murard.

Les journaux régionaux relatant les faits vont parler du « crime de la Roche de Bran », de la « tentative d’assassinat » etc.

Déroulons l’enquête sur ce fait divers tragique.

         

Les circonstances du drame de la Roche de Bran

Depuis quelques temps, des braconniers exploraient, chaque jour, les bois de la Roche de Bran. Le régisseur de la propriété, Eugène Robin se résolut de se mettre à leur recherche. Le dimanche 23 septembre entre 3h30 et 4h du matin avec le garde particulier Julien Vincent, ils se mirent en route et se dirigèrent vers « les Loubies ». Arrivés au lieu-dit les « arbres blancs », ils entendirent un coup de feu. Ils se postèrent de chaque côté du carrefour. Dix minutes plus tard, le régisseur et le garde aperçurent deux individus se dirigeant de leur côté. M Robin sortit du fossé, mais à peine avait il fait deux pas en avant, qu’il tombait grièvement blessé au côté droit. Deux coups de feu avaient été tiré, un seul avait atteint le régisseur. Les deux braconniers prirent aussitôt la fuite. Le garde Vincent eut le temps d’armer son fusil et de tirer deux fois dans leur direction puis releva Robin et le conduisit à son domicile où il reçut les soins des docteurs Jablonski et Malapert de Poitiers et Piorry de St Georges.

Les gendarmes de Jaunay-Clan et les magistrats instructeurs commencèrent une enquête minutieuse, reconstitution de la scène de crime avec le garde Vincent. Dans un premier temps, un suspect le jeune Léon Abonneau,17 ans, demeurant au Peu, commune de St Georges fut arrêté, interrogé puis disculpé…

Ce même jour 23 septembre à 8h20 du matin, deux chasseurs prenaient à la gare de Dissay le train se dirigeant vers Châtellerault, ils étaient couverts de boue et avaient une attitude qui parut suspecte. Une enquête rapidement conduite établit que ces deux individus étaient les nommés Leday Camille, âgé de 18 ans et Baillargeaux Alexis, âgé de 19 ans, ouvriers à la manufacture d’armes de Châtellerault. Tous les deux, munis de billets aller et retour, avaient pris la veille à Châtellerault le train qui part de cette ville à 10h et demie du soir et étaient descendus à Dissay.

Leday et Baillargeaux furent reconnus par plusieurs témoins qui les avaient vus le dimanche matin ; en même temps on constatait sur le corps et les vêtements de Baillargeaux les traces de nombreux grains de plomb. Ils furent confondus et avouèrent que s’étaient bien eux qui se trouvèrent en présence du régisseur et du garde, se rejetant la responsabilité du tir l’un sur l’autre…

L’état de santé de Robin s’étant amélioré, il fut possible de reconstituer la scène en présence de toutes les parties et de déterminer que Leday avait tiré le premier à bout portant et blessé Robin, Baillargeaux a ensuite déchargé son arme dans la même direction, mais sans l’atteindre. Les rapports des experts ont confirmé les constatations faites sur le lieu du crime.

En présence des charges accablantes relevées contre eux, les accusés ont fini par avouer avoir tiré tous les deux sur le régisseur Robin.

Si Eugène Robin n’a pas succombé à ses blessures, il le doit à sa forte constitution ainsi qu’aux soins diligents et efficaces des médecins.

       

A0f4a2a924489567d0121de434e906c5

Audience de la Cour d’Assises de la Vienne du 30 novembre 1894

La Cour d’assises de la Vienne se réunit le 30-11-1894 sous la présidence de M Jozeau, conseiller à la Cour d’appel de Poitiers. Le siège du ministère public est occupé par Me Clément, avocat général et au banc de la défense se trouvent Maîtres Mousset et Mérine.

Le jury formé, M Pavy greffier en chef donne lecture de l’acte d’accusation.

1° Leday Armand Camille, né à Châtellerault le 18 avril 1876, ouvrier armurier, demeurant à Châtellerault

2° Baillargeaux Alexis, né à Colombiers le 29 janvier 1875, ouvrier armurier, demeurant à Châtellerault

Sont inculpés de tentative de meurtre avec circonstance aggravante de chasse la nuit. Fait qui constitue le crime prévu par les articles 295 et 304 du code pénal et délit prévu et réprimé par l’article 12 § 2 de la loi du 3 mai 1844.

Leday et Baillargeaux n’ont pas d’antécédents judiciaires.

Après l’appel des témoins qui sont au nombre de sept, on procède à l’interrogatoire des accusés puis à l’audition des témoins. L’avocat général dans son réquisitoire demande un verdict de culpabilité.

Me Moussel avocat de Leday demande l’acquittement « ce sont dit-il deux jeunes gens qui surpris, n’ont pas su ce qu’ils faisaient ».

Me Mérine avocat de Baillargeaux, comme son confrère plaide l’acquittement.

       

Le verdict

Il est quatre heures moins un quart, le jury se retire dans la salle de ses délibérations et en revient au bout de 40 minutes avec un verdict négatif sur toutes les questions.

En conséquence la Cour acquitte Leday et Baillargeaux des accusations portées contre eux et ordonne leur mise en liberté immédiate.

  

Notes

- Eugène, Gustave ROBIN né à La Celle-Guénand (37) le 24 octobre 1856, marié à Marguerite Gassé, il a au recensement de 1896 trois enfants (dont deux sont nés à Montamisé), régisseur du domaine de la Roche de Bran pour le comte Henri de Murard (marié avec Antoinette, Justine de Pérusse des Cars).

- Julien, Philippe VINCENT né le 26 avril 1855 à Tennie (Sarthe), marié à Marie Léger, garde particulier du comte Henri de Murard.

        

Sources

  • AD 86 Archives de la Cour d’assises de la Vienne, cote 2 U 1746
  • AD 86 Presse locale numérisée en ligne (Avenir de la Vienne, le Courrier de la Vienne et des Deux-Sèvres, le Mémorial du Poitou).
  • AD 86 Registres d’état-civil numérisés en ligne
  • AD 37 Registres d’état-civil numérisés en ligne
  • AD 72 Registres d’état-civil numérisés en ligne

    

       

Montamisé, le 19 février 2018

Article de Jean-François LIANDIER