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Un ministre de l’agriculture à la Roche de Bran en 1918

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Depuis le duc Amédée, François, Régis de Pérusse des Cars, le domaine de la Roche de Bran est devenu une exploitation modèle, tout est fait pour moderniser, mettre en valeur et rentabiliser le domaine.

Ainsi, tout naturellement, le ministre de l’agriculture et du ravitaillement, Victor Boret, par un arrêté du 20 mai 1918, va désigner le domaine de la Roche de Bran à Montamisé comme centre d’essais publics de culture mécanique destinés aux vignes, ces essais auront lieu du jeudi 13 au dimanche 16 juin 1918.

Selon l’arrêté, « les vignes, en terrain à peu près plat, sont en ligne à 2m d’écartement. Les travaux à effectuer comprennent des labours, des façons superficielles, des sulfatages, des poudrages et des transports sur routes. Ces essais publics sont destinés à mettre directement en rapport les constructeurs et les viticulteurs afin de faciliter à ces derniers le choix d’un matériel. La réception des machines à la Roche de Bran est fixée au mercredi 12 juin. Sont invités à prendre part aux dits essais les constructeurs français et des pays alliés ou neutres ou leurs représentants domiciliés en France… ».

Sur les sept appareils ayant pris part aux essais, trois sont de construction française : ce sont ceux de Chapron, du système Francfort et Seguin et du système Dessaules. Quatre sont de construction américaine : ce sont les appareils Misvalley, Cleveland, Bull et Beemann.

La clôture de ces essais est prévue le dimanche 16 juin avec la visite de Victor Boret, ministre de l’agriculture et du ravitaillement dans le ministère Clémenceau.

Victor Boret a fait une longue carrière politique dans la Vienne, il est un bon connaisseur du monde agricole : en 1910, il fut élu conseiller général de la Vienne pour le canton de Moncontour. député de la Vienne dans l'arrondissement de Loudun de 1910 à 1927, sénateur de la Vienne de 1927 à 1936, deux fois ministre de l’agriculture de 1917 à 1919 dans le gouvernement Clémenceau et de 1930 à 1931 dans le gouvernement Steeg.

        

La visite du ministre à la Roche de Bran

Laissons le journal de la Vienne du 17 juin 1918, raconter cette visite qu’il qualifie « d’apparition » avec une certaine ironie : « Sa présence hier aux essais officiels de culture mécanique fut exactement de 22 minutes. Un voyage de ministre est réglé comme du papier à musique. C’est ainsi que le court déplacement que M. Victor Boret devait faire hier à la Roche de Bran, avait été fixé, à Paris, comme suit : départ d’Orsay 8h 27 ; arrivée à Poitiers 13h 35 ; voiture automobile gare de Poitiers ; départ pour essais 14h 30 ; arrivée essais 15h ; essais 15h à 16h ; départ pour Orléans en automobile (220 kil environ) à 16h. Arrivée aux Aubrais pour train venant de Limoges 21h 17, arrivant à Paris-Orsay à 23h 10.

La première réflexion qui vient à l’esprit à la lecture de ce document officiel, c’est que pour assister dans la Vienne, pendant une heure à des essais de culture mécanique de la vigne, M. Victor Boret devait perdre toute une journée, s’imposer une véritable fatigue et enfin consommer en automobile une quantité d’essence qui eut pu être beaucoup plus utilement employée. Mais il y a mieux ou plutôt plus mal. En effet le secrétariat particulier du ministre de l’agriculture et du ravitaillement avait pensé, en arrêtant son horaire, qu’avec le chemin de fer tout marcherait comme sur des roulettes ; il n’avait laissé aucune place à l’imprévu. Or il advint que le convoi ministériel arriva en gare de Poitiers avec 50 minutes de retard.

M. Victor Boret n’en paru pas moins satisfait de respirer un peu d’air de son pays d’élection. Sitôt descendu de son wagon, il serra très rapidement la main des personnages officiels venus à sa rencontre : M. Beurdeley, préfet ; M. Bruni secrétaire général de la préfecture ; M. le général Bouyssou, commandant d’armes ; M. Surreaux, sénateur… Une minute après son arrivée en gare, M. Boret montait dans l’auto qui l’emmenait vivement vers le domaine de la Roche de Bran appartenant à M. le comte de Murard. Dans les voitures du cortège se trouvaient notamment, M. Le Rouzic, député, commissaire à l’agriculture ; M. Sagaurin, directeur de l’agriculture au ministère et M. E Garnier chef du secrétariat particulier. En outre de ces personnalités faisant partie de la sortie ministérielle, on remarquait sur le terrain des essais : MM Edgard de Montjou, député de la Vienne ; Niveaux, conseiller général du canton de St Julien l’Ars ; Pineau, recteur de l’académie de Poitiers…

Mme la comtesse de Murard, en l’absence de son mari, présenta au ministre, les membres du conseil municipal de Montamisé. Puis M Victor Boret examina les dix appareils participant aux essais officiels. Ces appareils qui ne paraissent pas encore complétement au point, présentent cependant des perfectionnements marqués sur ceux connus jusqu’à ce jour. A signaler entre autres, un tracteur de 10 chevaux, sorti d’une usine de Puteaux et un petit outil américain de 4 chevaux qui semble très pratique pour le binage des plantes sarclées et même des pépinières.

M. le ministre se déclara très satisfait du fonctionnement des appareils, bien qu’il n’eût consacré que, 22 minutes, montre en main, aux expériences que suivirent un assez grand nombre de viticulteurs et d’agriculteurs.

Pressé par l’heure, car pour arriver à 21h 17 aux Aubrais, il y avait 220 kilomètres à couvrir en auto, M. Victor Boret sauta dans une voiture rapide qui s’éloigna à toute allure.

Comme nous le disons plus haut, les appareils à moteur ont encore à se perfectionner pour devenir vraiment pratiques ; mais l’effort déjà fait est louable et nous devons nous en féliciter, car les manifestations agricoles de ce genre ne peuvent que contribuer à la propagation dans notre région de l’emploi d’instruments de culture mécanique et à l’accroissement de notre production. ».

Bien sur la presse locale : l’Avenir de la Vienne, le Courrier de la Vienne et des Deux-Sèvres, le journal de la Vienne vont traiter l’événement, la presse spécialisée agricole comme le journal d’agriculture pratique va faire un compte rendu détaillé des essais à ses lecteurs, mais plus surprenant cette visite fera l’objet d’un article dans le journal « l’Echo d’Alger », il est vrai que l’Algérie est aussi un pays de vignobles.

    

Sources

  • AD 86 la presse numérisée en ligne
  • BNF, Gallica la presse numérisée régionale et nationale
  • Site internet du Sénat, biographie des anciens sénateurs

        

       

Montamisé, le 5 juin 2016

Article de Jean-François LIANDIER