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Une épidémie de peste à Montamisé

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Une épidémie de peste à Montamisé en 1630-1631

     

Préambule

Les registres paroissiaux de Montamisé commencent pour les sépultures de 1626 à 1635, périodes qui nous intéressent. Ces registres sont des documents incomparables, d’abord pour les généalogistes, mais aussi pour les historiens, leur lecture n’est pas toujours chose aisée… Ils nous apprennent qu’en 1630 et 1631, une épidémie de peste a sévi dans la paroisse.

       

Quelques repères historiques sur le fléau de la peste

On sait que la peste est une maladie à multiples facettes (bubonique, pulmonaire) mortelle pour l'homme et qu’elle a provoqué au Moyen-Âge et plus tard des ravages considérables dans les populations et la mort frappait sans distinction sociale…

« La peste se manifeste à Poitiers par quelques poussées en 1552, 1603 et une violente épidémie au cours de la période 1583-87 ; la plus terrifiante manifestation aura lieu au cours des années 1628-1632,1638 étant marquée par une forte résurgence.
Si médecins et chirurgiens étaient capables de diagnostiquer le mal, ils ne pouvaient en déterminer l'origine. En conséquence, les efforts des magistrats municipaux tendaient à limiter la contagion et à cette fin fut mis en place un "personnel de peste". Aux XVIIe et XVIIIe siècles certains agents de la santé publique portent un masque en forme de long bec blanc recourbé rempli d'épices et d'herbes aromatiques aux propriétés désinfectantes qui imprégnaient une éponge portée devant la bouche ; ce masque était censé leur assurer une protection contre l'air putride et les effets de la contagion. Ces médecins de la peste recourent à une baguette pour examiner les malades et pratiquent des saignées…

Lorsque la présence de la maladie était confirmée l'isolement était encore un des moyens de lutte le plus courant contre l'épidémie. Afin d’empêcher la peste de se propager la pratique était de contenir le mal où il était tant au niveau de l’individu, de la rue que du quartier. La municipalité isolait la ville par l’instauration du contrôle des portes afin d’interdire l’accès aux mendiants et marchands venant des zones contaminées, et limitait le trafic des marchandises. Parallèlement, on recourait à l’isolement des maisons et des quartiers infestés.

La peste atteint son paroxysme en 1631, année terrible où famine et peste mêlés cumulent leurs ravages. Près de dix mille personnes périssent. Devant l’hallucinant spectacle d’une cité où toutes les maisons, boutiques et ateliers artisanaux étaient fermés, où l'activité la plus apparente consistait dans les allées et venues des tombereaux de cadavres, de personnels de santé vêtus comme des fantômes, les populations étaient saisies d’une peur telle que la première réaction, quand elle était encore possible, était d’obéir au vieil adage "cito, longe, tarde" (pars vite, vas loin, reviens tard)... La fuite apparut ainsi longtemps le seul réel remède. Les gens de Poitiers qui en avaient la possibilité se retiraient à vingt ou trente kilomètres du centre urbain alors qu’affluaient mendiants et vagabonds...

Alors qu’au XVe siècle il n’y avait pas de bâtiment affecté à cet usage, grâce au maire de Poitiers François Fumée, on pu construire, pour les pestiférés qui encombraient le centre urbain décimé par ce fléau, un établissement hospitalier spécifique hors de l’enceinte de la ville, sur l’autre rive du Clain.

L’Hôpital des Pestiférés, encore dénommé Hôtel-Dieu des Pestiférés (sanitat) ou Hôpital de Saint-Roch traversera les siècles sous l’appellation d’Hôpital des Champs, du nom du lieu de son édification. Le bâtiment construit à une cinquantaine de mètres du Clain, comportait en 1616 soixante-deux lits, deux-cent cinquante en 1638 bien que la capacité de l’établissement soit limitée à quatre-vingt depuis 1628.

Dès le mois de mai 1631 ce sont plus de quatre cents malades qui seront hébergés à l’Hôpital des Champs sans compter ceux que l’on « cadenaque » chez eux et les miséreux qui s’entassent dans les grottes et huttes des faubourgs (Robert Favreau)… » (1)

  

La peste à Montamisé

La proximité de Poitiers où la peste sévissait ne pouvait guère épargner les paroisses environnantes ainsi la lecture des registres de sépultures nous indique les décès dus à la peste :

Pour l’année 1630 :

  • Bobin Fulgent le 21 août, il est enterré par sa femme et son fils dans son jardin à cause de la contagion.
  • Coustéron François le 13 août, âgé de 32 ans, enterré par sa femme dans son jardin à cause de la contagion, avec ses deux enfants François (19 mois) et Mathurin (3 ans).
  • Dousset Jacquette le 29 août, âgé de 28 ans, enterrée par sa sœur dans son jardin à cause de la contagion.

Pour l’année 1631 :

  • Bouard Antoine le 20 septembre, âgé de 60 ans, enterré par ses enfants dans son jardin à cause de la contagion.
  • Bouard Pierre âgé de 35 ans, enterré dans son jardin à cause de la contagion.
  • Chamarre Toinette en juin, âgée de 16 ans, enterrée dans son jardin à cause de la contagion.
  • Crugeon Marie, en juin, servante des Proust enterrée par ses maîtres dans leur jardin à cause de la contagion.
  • Dousset Marie le 12 octobre, âgée de 45 ans, enterrée dans son jardin à cause de la contagion.
  • Fichet Louise le 3 juillet, âgée de 50 ans, enterrée par sa servante, dans son jardin à cause de la contagion.
  • Girault Emery, âgé de 40 ans, Georges de 14 ans et Marie de 13 ans, enterrés dans le  jardin à cause de la contagion.
  • Groiard Noel âgé de 66 ans, enterré par sa femme dans son jardin à cause de la contagion.
  • Joubert Fulgent, le 7 juin, âgé de 40 ans, enterré dans son jardin par « les corbeaux » (2) de l’hôpital de Poitiers, à cause de la contagion, il s’agit sans doute de l’hôpital des champs.
  • Joubert, femme du précédent, le 4 juin, âgée de 30 ans, enterrée dans son jardin par ses frères, à cause de la contagion.
  • Vaudeleau Antoine le 18 juillet, âgé de 26 ans, enterré par sa femme, dans son jardin à cause de la contagion.
  • Vaudeleau Catherine en juin, âgée de 6 ans, enterrée par sa mère, dans son jardin à cause de la contagion.

Comme on peut le voir, l’année 1631 a été particulièrement meurtrière, le curé a-t-il toujours précisé la cause du décès ? On trouve souvent la mention « enterré le même jour » sans autre précision… Nous ne pouvons faire de statistiques par rapport à la population qui n’est pas connue.

Dans ce temps d’épidémie, la mort devient une menace immédiate, brutale, dès lors certaines barrières morales ou sacrées sont modifiées, les pratiques rituelles associées au décès et aux funérailles sont escamotées par nécessité.

          

Sources et bibliographie

  • (1) La maison de la Barre à Buxerolles, le fléau de la peste, site internet de Joël Jalladeau.
  • (2) Corbeau – Autrefois, dans les périodes de contagion, nom donné à ceux qui enlevaient les pestiférés pour les porter à l’hôpital ou les enterrer » (Lachiver, 1997)
  • AD 86 Registres paroissiaux numérisés en ligne. Sépultures 1626-1635, collection communale, paroisse Notre-Dame, 5 MI 1050.
  •  Favreau Robert. Épidémies à Poitiers et dans le Centre-Ouest à la fin du Moyen Age. In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1967, tome 125, livraison 2. pp. 349-398.
  • Carpentier Elisabeth. Autour de la peste noire : famines et épidémies dans l'histoire du XIVe siècle. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 17e année, N. 6, 1962. pp. 1062-1092.

        

Montamisé,  le 3 mai 2015

Article de Jean-François LIANDIER