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Histoire de la Jouerie et de son école privée

  

Histoire de La Jourie

« Le domaine de la Jouherie est cité pour la première fois en 1357 à l'occasion d'échanges de terres entre le chapitre de Notre-Dame-la-Grande de Poitiers et deux abbés de Saint-Cyprien. Le 16 mars 1404, plusieurs habitants de Charassé, la Jouherie, Croussé et Montigné rendent aveu au duc de Berry, comte du Poitou, du devoir de service armé et de celui de faire la levée en la forêt de Moulière quand le duc chasse ou fait chasser. En échange, ils ont droit de prélever le bois mort pour leur chauffage, et de faire pacager leurs bêtes dans la forêt, et sont exemptés des droits de vente et de péages aux marchés de Poitiers et des environs. En cette fin du Moyen Age, la Jourie semble constituer un hameau. En 1478 en effet, Pierre et Mathurin Amory, et Mathurin Bonnet époux de Perrette Amory, rendent aveu à la dame de Charassé de biens situés au lieu de « la Jouerye », à savoir des maisons, des « mazures », des loges et des places, entourées de bois et de vignes.
Le 27 mai 1506, la Jourie appartient à Pierre des Champs, qui rend aveu pour son « hostel de la Jouherie » et aussi pour son domaine de Charassé. Les deux domaines sont en effet liés. Le 9 août 1549, c'est Etienne Poupre, à cause de Cyprienne Blanchet sa femme, qui rend aveu à Mathurin de Couzay, seigneur de Charassé, pour sa maison de « la Jourye ». En 1578, Philippe Le Sueur est dit sieur de la Jourie. Le domaine tombe ensuite dans l'escarcelle des seigneurs de la Roche de Bran. Le 29 mai 1711, dame Marie-Henriette de Fourcy, veuve de Pierre Thoreau, propriétaire de la Roche de Bran, rend aveu pour son « fief de Charassé et Jorie ». La Jourie ne tombe pourtant pas dans les mains de M. Esperon de Beauregard, acquéreur de la Roche de Bran en 1775. En 1817 en effet, selon le cadastre, la métairie de la Jourie appartient à M. Orillard, demeurant à Poitiers.
En 1832, quatre ans après avoir acquis le domaine de la Roche de Bran, le duc Amédée des Cars achète la métairie de la Jourie pour y fonder une communauté de religieuses. En 1837, un nouveau bâtiment est construit pour la classe, à la place de l'ancienne métairie. Trois sœurs de la congrégation de Saint-Joseph de Lyon y tiennent alors une école privée pour les filles et pour les garçons jusqu'à sept ans, soit environ 60 enfants en 1853. Les sœurs soignent aussi les malades du pays. Elles sont au nombre de quatre à partir de 1845 environ. L'une de ces religieuses, Mère Saint-Hilaire, 34 ans, décède à Montamisé le 13 août 1837 et est inhumée en présence des régisseurs du domaine de la Roche de Bran. En 1871, c'est sœur Augustine qui s'éteint à 56 ans, après 38 ans passés au service des pauvres, des malades et des enfants de la paroisse. La chapelle est construite en 1845, sous le vocable de la Sainte Vierge. A partir de 1851, des messes y sont dites le dimanche, comme avant la Révolution dans la chapelle de la Roche de Bran. Le 8 janvier 1860, le conseil municipal de Montamisé appuie la demande faite par le duc des Cars d'ériger la chapelle de la Jourie en chapelle de secours. Il est précisé dans la délibération que cette chapelle a été édifiée pour permettre aux élèves de l'école libre de filles, et aux habitants de Bran, la Roche de Bran, Charassé et Tronc d'accomplir plus facilement leurs devoirs religieux, en raison de l'exiguïté de l'église paroissiale de Montamisé, pas encore reconstruite à cette époque. Le 11 mai 1859, le duc des Cars fait donation à la fabrique de Montamisé d'une rente d'Etat, nécessaire pour faire dire dans la chapelle de la Jouerie une messe par semaine à la mémoire des différents membres de la famille des Cars. A partir de 1873, la chapelle sert aussi aux inhumations des membres de la famille propriétaire de la Roche de Bran. Le 19 décembre 1873 sont ainsi rapportés dans un caveau situé sous la chapelle, les corps des parents, du frère et, sans doute, d'un oncle de la duchesse des Cars, née Bastard d'Estang. Le duc et la duchesse des Cars ne sont toutefois pas inhumés à la Jourie mais au château de Sourche, dans la Sarthe. Une nouvelle école, dont la salle de classe est encore visible, est construite en 1888. La mère supérieure des sœurs de la Jourie, sœur Marie de l'Enfant Jésus, décède à la Jourie le 20 juillet 1897, à 78 ans. Elle était arrivée dans la paroisse en 1851. Dès 1895, sœur Marie-Louise Forestier a pris la direction de l'école. Marie-Louise Bénigni lui succède en 1900, puis Marie-Louise Goujon en 1903, et Hortense Astoul à partir de 1904. Pendant la Grande Guerre, la Jourie abrite une infirmerie, tenue par les religieuses. Le 29 juillet 1921, l'école libre de filles est transférée de la Jourie au bourg, dans une maison rue de la Tonnelle achetée en 1887 par la famille des Cars et où se tenait déjà une école libre de garçons. C'est à la Jourie que la famille de Murard trouve refuge dans l'immédiat après-guerre, au lendemain de l'incendie du château de la Roche de Bran. » (1)

  

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La congrégation des sœurs de St Joseph de Lyon

L’école privée, primaire, de jeunes filles de la Jourie dépendait de la congrégation des sœurs de St Joseph de Lyon.

Les sœurs de Saint Joseph de Lyon sont une congrégation religieuse féminine enseignante et hospitalière de droit pontifical.

« C'est l'une des plus anciennes congrégations dérivées directement des sœurs de Saint Joseph, elle est fondée en 1650 au Puy-en-Velay par le jésuite Jean-Pierre Médaille (1610-1669).

Après la Révolution française, la société est reconstituée en 1807 à Saint-Étienne par le père Claude Cholleton et la mère saint Jean Fontbonne (1759-1843) ; elles sont bientôt surnommées sœurs noires et sœurs de la bonne mort, en raison de la couleur de leurs vêtements et par le fait que les sœurs aident les mourants.

Sur la suggestion du cardinal Joseph Fesch, archevêque de Lyon, l'association est transformée en congrégation religieuse et le 14 juillet1808, leur maison-mère est transférée à Lyon. L'institut reçoit le décret de louange le 5 mai1829 et il est approuvé par le Saint-Siège le 27 juin1899 ; ses constitutions religieuses sont provisoirement approuvées le 10 janvier 1910 et définitivement le 24 juin1829.

De la congrégation de Lyon sont nées de nombreuses autres congrégations de sœurs de Saint Joseph… » (2)

Aujourd’hui la congrégation est présente dans de nombreux pays d’Europe, d’Afrique, d’Asie et d’Amérique.

  

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Elèves et religieuses en 1896

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Elèves et religieuses en 1900

  

Les tombes des sœurs de La Jourie au cimetière de Montamisé

D’après les registres de décès de Montamisé, quatre religieuses sont décédées et inhumées au cimetière communal.

« Ces tombes se trouvent le long de l'allée centrale, dans la moitié nord, à proximité immédiate de la croix de cimetière. Entouré par une grille, l'ensemble comprend quatre emplacements dont deux, les plus à l'est, sont marqués chacun par une stèle surmontée d'une croix en ferronnerie » (1)

  • Guillot Hilaire, décédée le 13-8-1837 à l’âge de 35 ans, religieuse de la congrégation de St Joseph, supérieure des sœurs de La Jourie.
  • Bouchard Marie, décédée le 29-6-1871 à l’âge de 56 ans, religieuse de la congrégation de St Joseph, native de la Loire.
  • Villecourt Marie-Claudine, décédée le 20-7-1897 dans sa 78ème année, religieuse de la congrégation de St Joseph, supérieure des sœurs de La Jourie, née à Courzieu (Rhône) le 24 novembre 1819, fille de Jean Jacques Villecourt (1785-1857) et Marie Cluizel (1796-1837). L’inscription sur la stèle de droite indique « Ici repose Mère Marie de l'Enfant Jésus après 44 ans de dévouement dans cette paroisse. Elle s'est endormie dans le Seigneur le 20 juillet 1897 dans la 78ème année de son âge et la 55ème de sa profession religieuse ».
  • Forestier Marie-Louise Joséphine, décédée le 17-7-1900 à l’âge de 38 ans, religieuse de la congrégation de St Joseph, née à St Just en Bas (Loire) le 25 août 1862, fille de Jean Baptiste Forestier et Jeannette Combes. La stèle gauche nous informe « Elle s'est endormie dans le Seigneur le 17 juillet 1900, dans la 38ème année de son âge et la 19ème de sa profession religieuse. ».
 

L’école de La Jourie dans la tourmente de la guerre scolaire

Le contexte politique

« La loi du 1er juillet 1901 sur les associations soumet les congrégations à un régime d'exception décrit au titre III de la loi :

« Aucune congrégation religieuse ne peut se former sans une autorisation donnée par une loi qui déterminera les conditions de son fonctionnement. Elle ne pourra fonder aucun nouvel établissement qu’en vertu d’un décret rendu en conseil d’État. La dissolution de la congrégation ou la fermeture de tout établissement pourront être prononcées par décret rendu en conseil des ministres. » (Art.13)

Les membres d’une congrégation non autorisée sont interdits d’enseigner ou de diriger un établissement d’enseignement. (Art.14)

La liste des membres et les comptes et l’inventaire de la congrégation sont à la disposition du préfet. (Art.15)

Toute congrégation formée sans autorisation sera déclarée illicite. (Art.16)

Les congrégations existantes (…) qui n’auraient pas été antérieurement autorisées ou reconnues, devront dans un délai de trois mois, justifier qu’elles ont fait les diligences nécessaires pour se conformer à ces prescriptions. À défaut de cette justification, elles seront réputées dissoutes de plein droit ; il en sera de même des congrégations auxquelles l’autorisation aura été refusée. (Art.18)

Le Vatican condamne la loi, mais laisse aux congrégations la liberté de demander leur autorisation, ce que font la plupart d'entre elles. Cependant, la victoire du Bloc des Gauches aux élections législatives de mai 1902 porte au pouvoir Émile Combes, allié avec les socialistes de Jaurès, et dont le gouvernement mène un farouche combat anticlérical… 

Le coup final est porté aux congrégations enseignantes par la loi du 7 juillet 1904, dont l'article 1er prévoit :

« L'enseignement de tout ordre et de toute nature est interdit en France aux congrégations.

« Les congrégations autorisées à titre de congrégations exclusivement enseignantes seront supprimées dans un délai maximum de dix ans.

« Il en sera de même des congrégations et des établissements qui, bien qu'autorisés en vue de plusieurs objets, étaient, en fait, exclusivement voués à l'enseignement à la date du 1er janvier 1903.

« Les congrégations qui ont été autorisées et celles qui demandent à l'être, à la fois pour l'enseignement et pour d'autres objets, ne conservent le bénéfice de cette autorisation ou de cette instance d'autorisation que pour les services étrangers à l'enseignement prévus par leurs statuts. » (2)

A la demande du Préfet de la Vienne, l’inspecteur primaire va rendre le 10 octobre 1902, son rapport sur l’école privée élémentaire de filles de la Jourie, commune de Montamisé. Ce rapport nous donne d’intéressantes informations :

L’école est dirigée depuis septembre 1900 par Marie-Marguerite Bénigni (sœur Anne Xavier), 37 ans, pourvue du brevet élémentaire. L’école a deux classes pour 55 élèves. L’école est payante, mais on y reçoit des élèves gratuitement, il y a un pensionnat avec 20 internes (donc 35 externes). Sur les origines de l’établissement, l’inspecteur nous indique « Ecole fondée en 1835, elle est située à 1500 m environ du bourg de Montamisé, dans une propriété isolée en pleine campagne. Installation très convenable, les élèves internes se recrutent surtout hors de la commune. Cet établissement est patronné par le comte de Murard ». L’école a demandé son autorisation depuis le 10 janvier 1902. Une religieuse s’occupe spécialement des malades. L’inspecteur ajoute « Au point de vue de l’enseignement, cette école entretient l’esprit de division dans la commune et fait la guerre à l’école publique. Le maire et la majorité du conseil municipal soutiennent les sœurs, à qui la population est en majorité sympathique ».

Le 17 juillet 1903, le Président du Conseil, Ministre des cultes informe la supérieure générale des sœurs de St Joseph de Lyon que la demande d’autorisation pour l’établissement de Montamisé est rejetée et que le dit établissement devra être fermée le 17 août 1903.

Le 27 juillet 1903, deux gendarmes de la brigade de Jaunay-Clan se rendent à La Jourie pour signifier cette décision et dresser procès-verbal à la supérieure de l’école.

L’école de La Jourie va continuer sous un statut laïque mais privée, en 1906, la directrice est Madame Hortense Arsoul (née en 1856 à Bessèges, Gard), également dans les recensements de 1911 et 1921. Puis l’école est transférée au bourg de Montamisé, rue de la Tonnelle, le 29 juillet 1921, le recensement de 1926 nous informe que l’institutrice privée est Marie Péridy avec pour adjointe Simone Clisson.

Aujourd’hui, le domaine de La Jourie, bien restauré par son propriétaire, Monsieur Louis de Murard, conserve la mémoire d’une longue histoire.

  

Sources :

  • (1) Inventaire du patrimoine culturel de la CAP, région Poitou-Charentes, 2006, Yannis Suire
  • (2) Wikipédia
  • Site internet officiel de la congrégation des sœurs de St Joseph de Lyon
  • AD 86 recensements de la population en ligne
  • AD 86 Congrégation des sœurs de St Joseph de Lyon
  • AD 86 registres d’Etat-Civil en ligne
  • AD 69 registres d’Etat-Civil en ligne
  • AD 42 registres d’Etat-Civil en ligne
  • Source photos : Inventaire du patrimoine culturel de la CAP, région Poitou-Charentes, 2006, Yannis Suire, collection particulière, Michel Dantin.

 

 

Montamisé, le 14 avril 2019

Article de Jean-François LIANDIER